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"Enfances algériennes" : croisement et décroisement de deux perspectives
Jacques Barbarin a vu cette pièce qui évoque Camus et Feraoun

Pour sa troisième création de la saison 2012-2013, le Théâtre National de Nice a présenté une œuvre qui interpelle sur notre histoire récente, sur une histoire douloureuse mais qui le fait de manière apaisée, tout du moins sans se conforter dans une complaisante polémique. La pièce s’appelle Enfances algériennes. Mais la période pendant laquelle cette œuvre s’est jouée n’est pas innocente : de la fin décembre 2012 au début janvier 2013. Or 2012 est le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie et 2013 le centième anniversaire de la naissance d’Albert Camus.

Sur scène, deux comédiens. L’un, Jacques Bellay, les lecteurs de La faute à Diderot le connaissent [1]. L’autre, c’est Sid Ahmed Agoumi, né en 1940 en Algérie. Débutant sa carrière dans les années 60 touchant avec la même énergie au théâtre à la télévision ou encore au cinéma, il jouera dans plus de 50 films, dont Z. Il a également dirigé la Maison de la culture et du théâtre à Tizi Ouzou et le Théâtre National Algérien.

Les deux comédiens se racontent des entrecroisements d’histoires communes. Bellay et Agoumi ne jouent pas Bellay et Agoumi mais quelqu’un qui à chacun leur ressemble comme un frère. Ils assument par ailleurs un autre statut, celui de passeur, vers Albert Camus pour Jacques Bellay et vers Mouloud Feraoun pour Agoumi Mouloud Feraoun est un écrivain algérien d’expression française né en 1913 en haute Kabylie et assassiné à Alger 15 mars 1962, à quatre jours seulement du cessez-le-feu, par un commando de l’OAS. Feraoun commence à écrire en 1934 son premier roman, Le Fils du pauvre. L’ouvrage, salué par la critique obtient le Grand prix de la ville d’Alger Camus et Feraoun ont eu, dans leurs historicités, dans leurs parcours, le croisement que seules deux parallèles peuvent connaitre : enfance pauvre, désir de s’en sortir par l’éducation, une œuvre littéraire penchée sur le destin des « petites gens ». Agoumi et Bellay passent, dans leur dialogue, subtilement de leur vécu à celui de Camus et Feraoun, sublimé par leurs textes, dont Le premier homme de Camus et bien sûr Le fils du pauvre.

Il y a un autre personnage : Charles Brouty peintre, journaliste, dessinateur, né en 1892. Fixé en Algérie de 1912 à 1963 il chantera picturalement ce pays tant aimé dans ses manifestations les plus humbles comme les plus féeriques. « Des visages matois, ravinés, pleins de plis, de cachettes et de secrets périssables, nous les reconnaissons pour ceux qui nous accompagnent tous les jours dans les trams. La liberté bondissante du dessin n’exclut pas d’ailleurs l’effort artistique de composition qui l’équilibre et le consacre. » (Albert Camus) Ses dessins pris sur le vif, sont projetés non sur un écran mais sur des cadres de bois retournés, comme des éléments d’un décor non fini. Ils prennent vie et s’animent grâce à la magie de vidéaste de Paulo Correia, comédien permanent du théâtre de Nice. Celui-ci a entre autre signé une mise en scène de Médée de Corneille dont je ne suis encore pas revenu. Mais ceci est une autre histoire.

Pour en revenir à Enfances algériennes, ce théâtre est un théâtre de la dispute, au sens de débattre. On pourrait presque appeler cette piéce « La controverse d’Alger ».

A la représentation laquelle j’ai assisté, le public était constitué en large majorité de ce qu’on appelle « les rapatriés ». Ils ont été émus à certains moments, d’autres les ont fait réagir, mais toujours avec pudeur, avec l’intelligence de l’émotion. Apparemment, cela n’a pas été la même chose pour d’autres représentations, tant il est vrai que, à Nice, le fait même d’en parler suscite l’ire. Sauf bien sûr à en parler le petit doigt sur la couture du pantalon.

Notes :

[1] Voir les articles : L’Illiade, Le théâtre : de la philosophie en action ?


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