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"En quel honneur, cette légion ? "
Par Bernard Lubat, artiste
Bernard Lubat a reçu le ruban rouge tant convoité. Peut-il l’accepter sans se déjuger ? « La réalité de l’artiste est la possibilité des autres hommes. » Joë Bousquet.
En l’honneur d’Uzeste Musical – cette « luttopique » des classes de première classe, cet acte déconcentralisé à la base des bases –, c’est ainsi que je l’accepte. Hommage aux camarades amis(e)s et collègues vivants et disparus qui, contre toute atteinte, vents et chamarrés, font naître et renaître l’Uzeste Musical depuis trente-cinq ans, tous les ans, tous les mois, tous les jours, lui apprennent à grandir sans grossir, à s’improviser sans cible, humour chevillé au corps, pensée critique intacte. J’ai l’honneur ainsi d’être l’entraîneur-joueur d’une incroyable équipe d’œuvriers créateurs artistes artisans intellectuels syndicalistes enseignants militants bénévoles habitants retraités publics et techniciens du spectacle, ensemble, tous ensemble, collectivités territoriales, partenaires institutionnels, anciens et nouveaux élus, contrats dictions compris(es). « Être ne suffit pas à l’homme, il lui faut être autre. Ainsi s’exerce la souveraineté de l’esprit. » Aragon.
« Aux soleils de la lutte la servitude fond. » Bertolt Brecht.
Avec et par l’Uzeste Musical, je suis devenu ce citoyen d’art et d’essai qui dérange, qui se dérange (à gauche à droite au centre en haut en bas devant derrière) qui cherche ce qu’il trouve (des emmerdes), qui cherche des histoires, qui les raconte pour payer le prix qu’elles lui coûtent. « Si nous n’avons plus d’artistes, toute la société perdra courage, et sans courage, il n’y a pas de politique. » Marie-José Mondzain. P. S. : Sous un gouvernement de gauche, pour les mêmes raisons, j’aurais accepté la distinction et quant à la musique qui me joue, « radicalmement » désagréable à l’oseille, elle ne plaît ni au prince ni au peuple. Ah ! le fric… cette vieille drogue dure, qu’on en manque ou qu’on s’y vautre… nuit gravement à la santé.
« Il faut avoir le courage et l’opiniâtreté de présenter au spectateur ce qu’il ne sait pas qu’il désire. » Jean Vilar. Texte paru dans l’Humanité du 9 janvier 2011 |