lafauteadiderot.net
Aujourd'hui, nous sommes le :
Page d'accueil » Chroniques du temps qui passe » « Éloignez-vous de la bordure du quai… »
Réduire la police Agrandir la police
Version imprimable de cet article Version imprimable
« Éloignez-vous de la bordure du quai… »
Par Thierry Renard

Laisse filer le Train à Grande Vitesse

Aujourd’hui
la nuit d’automne
rendait
les vieilles personnes
très, très vieilles.

Richard Brautigan, Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus

Laisse venir
le poème
jusqu’à toi. Laisse
monter la rumeur
et l’écho.
Laisse vibrer les heures en toi.
Laisse mourir à tes lèvres
le chant du jour et de la nuit.

Laisse…

Laisse dire n’importe quoi
à ton propos.
Laisse-leur une part du gâteau.
Laisse-les vivre loin de toi.

Aujourd’hui, j’ai froid,
tellement froid.
Je n’aime pas cet hiver qui vient.

Laisse le prochain été t’envahir.

Le train du retour

à Jean-Louis Escarfai

Elle voit dans les yeux des gens des jardins secrets enfouis, et qui s’allument par en dessous, avec son nom de princesse et ses tartines au nutella, elle dessine et elle danse, elle danse.
Albane Gellé, Quelques

Nomades de toujours et d’après et d’avant
le souvenir du cœur
et la mémoire du sang
voyagent sans papiers et sans calendriers
complètement étrangers
à la Nation du Temps.

Jacques Prévert, Grand bal du printemps

J’ai pris le train du retour
après avoir marché sur les chemins du jour
J’ai pris le train
dans toutes les directions
sans savoir où j’allais
ni si on m’attendait quelque part
Parfois je me suis demandé
si tout cela avait un sens
du sens
Ma vie est un poème
qui annonce le printemps
Ma vie est une chevelure
où j’enfouis mon visage
Ma vie est un rêve ou un wagon
le wagon du temps accroché
à un train du retour

Et j’ai pris le train du retour
après avoir emprunté
le long couloir de l’amour
et les chemins du jour
On m’avait dit Un peu de patience
patientez chacun à son tour

On m’avait dit Il y aura
de la place pour tout le monde
et pour toujours

Dans le long couloir de l’amour
cette jeune femme endormie
dos tourné &
à la chevelure bouclée
cette jeune femme ressemble
à Albane Gellé

Entre Vichy et Roanne
je l’ai rejoint dans son sommeil
Ensemble nous avons voyagé
elle le nez contre la vitre
moi le visage plongé dans ses cheveux
Exacts à notre rendez-vous
loin des horloges du temps
nous avons voyagé et aussi rêvé

Dans le train du retour
pas un mot échangé
aucune parole brisée

Une simple sieste
entre deux gares
égarées

Nous autres

à Annie Estèves

Son pas ! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.
Arthur Rimbaud, Illuminations

Tu veux SAVOIR. Tu n’as pas de question sur un objet pour lequel il n’y a pas de réponse : qui tremble seulement dans ta poitrine.
Pier Paolo Pasolini, La religion de mon temps

1.
Au fond, je suis un être simple,
je ne cherche pas les complications.
J’aime le printemps
à cause des fleurs, du renouveau.
On dirait que tout
redevient vivant.
C’est le moment du grand ménage.

Nous autres, nous avons marché
loin de tous les aveuglements.
Nous avons mis nos pas
dans les pas d’Arthur Rimbaud.
Quelqu’un avait ouvert la voie
en réclamant notre part d’éternité.
Quelqu’un avait mis des mots dans nos pas,
sur nos propres mots. Quelqu’un
avait fait signe, donné le signal.
Quelqu’un,
quelqu’un d’autre que moi.

Puis nous avons, chacun à notre tour,
élevé la voix.
Chacun dans son style, dans son rythme,
et chacun dans son souffle. Chacun avec
ses mots à lui, mots cependant traversés
par ceux de l’auteur des Illuminations.

Des heures durant nous avons tenté
de mêler nos voix et de percer le mystère resté enfoui.
Des heures durant, un peu après la venue du printemps,
nous avons embrassé l’aube d’été.
Des heures durant nous avons imaginé
la possibilité d’un monde habitable.
Nous n’avons jamais été tristes.
Nous avons toujours cru notre rêve réalisable.

Élever la voix est une manière neuve
de repousser les murs qui nous enferment.
Élever la voix sert à traduire
sensations et émotions. Et nous n’avons
jamais été tristes, jamais été seuls.
Toujours nous avons su partager
la réalité la plus crue, la vérité la plus nue.

Nous n’avons jamais été tristes,
je préfère le répéter.
Et nous avons toujours cru le bonheur possible.

2.
La rivoluzione
non è piu che
un sentimento.

Et, au bout du compte,
j’ai toujours eu une vie de train.
Non, pas une vie de chien,
mais bien plutôt
une vie de train entre deux gares
de Province,
entre Lyon et Limoges,
entre Montpellier et Toulouse,
entre Valence et Marseille…
Les trains sont ainsi,
ils passent avec le temps,
ils filent à toute bouline,
ils prolongent nos errances
jusqu’à une station
TERMINUS.

Une vie de train entre deux gares perdues.
Une vie de train entre deux banlieues du monde.
La rivoluzione
non è piu che
un sentimento.

Après Rimbaud, Pasolini.
Et, après Pasolini,
quelques poètes d’aujourd’hui
quelques voix offertes et audibles.
J’ai ainsi nommé
Samira Negrouche,
Michaël Glück et
Marc Porcu.
J’ai pareillement nommé
d’autres voix sonores et plus noires encore :
Alexandre Dumal et Mouloud Akkouche.
J’ai nommé l’inavouable
et rédigé l’inexprimable.
Ma tâche pourtant
est loin d’être terminée.

La rivoluzione
non è piu che
un sentimento.

Vénissieux, le 29 novembre 2012 ; Montpellier, le 12 mars 2013 ; Clermont-Ferrand, le 19 mars ; Saint-Julien-Molin-Molette, le 7 avril


Rechercher

Fil RSS

Pour suivre la vie de ce site, syndiquez ce flux RSS 2.0 (lisible dans n'importe quel lecteur de news au format XML/RSS).

S'inscrire à ce fil S'inscrire à ce fil