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« Où se trouvent les réserves d’alternative ? Travail et projets–héritages » avec Yves Schwartz
La séance du 2 avril du séminaire "Demain de quoi sera-t-il fait ?"

« Où se trouvent les réserves d’alternative ? Travail et projets–héritages » avec Yves Schwartz

Mercredi 2 avril 2014 De 18h à 20h

Espace Oscar Niemeyer, Place du Colonel Fabien PARIS 19ème (Métro : ligne 2, station : Colonel Fabien)

Mise en bouche. Comment penser un « autre » ? Un vivre autrement. Peut-on penser un « autre » qui ne s’enracine pas dans ce que nous sommes aujourd’hui ? Mais qui et que sommes-nous aujourd’hui ? Peut-on y répondre sans nous instruire de ce qui se révèle de nous dans nos activités de travail ? On s’interrogera d’abord tant sur l’extension de ce « nous » que nous cherchons à découvrir que sur les difficultés et pièges liés au mot « travail ». Et à travers les questions que nous pose ce concept, on sera conduit à réévaluer ce qui se joue en nous du travail, comme « activité », en un sens anthropologique.

Le travail étant redéfini comme succession et enchâssement de débats de normes que ne peuvent trancher que des préférences, on est conduit à inscrire, même au cœur de l’univers marchand et son apparente domination par des valeurs économiques quantitatives, ce qu’on appellera des « valeurs sans dimension ». Les essais permanents de « renormalisation » des normes antécédentes encadrées par ces valeurs économiques sont autant de réserves d’alternatives, de recréations plus ou moins collectives d’un possible monde commun. Monde commun qui peut rester dans l’invisible ou grandir sous l’effet d’un vrai militantisme de la mise en visibilité. Des « projets-héritages » sont donc en suspens dans toutes les activités industrieuses, des « utopies » concrètes qu’il faut mettre en débat, pour rééquilibrer le rapport entre valeurs marchandes et valeurs sans dimensions.

Sans doute aujourd’hui, à travers une économie mondialisée et financiarisée, la convergence de ces projets héritages n’a rien de simple ni d’évident. Mais quelque alternative que ce soit, qui serait en surplomb de ce qui se joue dans ces renormalisations a encore moins de chance de dessiner une autre manière de nous autogouverner. Dans une nécessaire dialectique entre la mise en débat en micro des réserves d’alternatives et des hypothèses de gouvernance globale de la société humaine, se travaille ce qu’on a appelé depuis des années un « humanisme énigmatique ». * Yves Schwartz est agrégé de Philosophie, docteur d’Etat, professeur émérite de philosophie d’Aix-Marseille Université, directeur scientifique de l’Institut d’ergologie, membre senior de l’Institut Universitaire de France (1993-2003), président de la Société internationale d’Ergologie. Depuis trente cinq ans, il a développé des recherches et travaux d’abord autour de l’histoire des sciences et des techniques puis autour du champ du travail. Il a initié des dispositifs innovants de formation, associant autour de ces questions universitaires et protagonistes du monde du travail, notamment venus du mouvement social.

Il a notamment publié :

-  Expérience et Connaissance du Travail, Messidor-Editions Sociales, 1988, réédité en 2012 aux Editions Sociales.
-Travail et Philosophie, Convocations mutuelles, Octarès Editions, 1992.
-  Reconnaissance du Travail, pour une approche ergologique (sous-direction), P.U.F 1997.
-Le Paradigme ergologique ou un métier de philosophe, Octarès éditions, 2000
et deux ouvrages collectifs, co-dirigés avec Louis Durrive, et publiés aux Editions Octarès : Travail et ergologie, entretiens sur l’activité humaine I (2003) et L’activité en Dialogues, entretiens sur l’activité humaine II, 2009.

Calendrier du séminaire "De quoi demain sera-t-il fait ?

- 14 novembre 2013 : J-P Jouary. Le présent de l’espérance
-12 décembre 2013 : Yvon Quiniou. L’ambition morale de la politique : vers le communisme.
-19 décembre 2013 : Isabelle Garo. L’art, ingrédient du capitalisme ou force d’émancipation ?
-21 janvier 2014 : Bernard Stiegler
-23 janvier 2014 : Philippe Corcuff. Repenser l’utopie aujourd’hui : émancipation individuelle et émancipation collective.
-3 février 2014 : Michaël Löwy. Ecosocialisme
-6 mars 2014 : Roland Gori
-11 mars 2014 : Arno Münster. (Les concepts d’utopie concrète, de conscience anticipante et de praxis chez Ernst Bloch.
-2 avril 2014 : Yves Schwartz
-29 avril : Jean Sève. Un futur présent.
-13 mai 2014 : Michèle Riot-Sarcey. Actualiser le passé oublié afin de repenser le devenir démocratique.
-date à venir : Marie-José Mondzain

Présentation du séminaire

Comme en résonance avec les rythmes qu’instaure le capitalisme financiarisé et globalisé, nous sommes sommés de nous en tenir au présent dont il faudrait « jouir sans entrave ». L’à venir ne peut-être qu’une perpétuation du présent contre toute utopie illusoire. Pas d’autres possibles. Pas d’avenir pour le futur. Mais cette assignation à l’immédiat ne masque-t-elle pas une interdiction à penser l’avenir comme une altérité radicale au présent actuel ? Ne constitue-t-elle pas une entrave à tout engagement pour une transformation sociale ?

Déjà Marx nous invitait à nourrir les révolutions du présent par la poésie de l’avenir : « La révolution sociale du XIXe siècle ne peut pas tirer sa poésie du passé, mais seulement de l’avenir. (…) La révolution du XIXe siècle doit laisser les morts enterrer leurs morts pour réaliser son propre objet. Autrefois, la phraséologie dépassait le contenu, maintenant c’est le contenu qui déborde la phraséologie. » (Le dix-huit Brumaire, Karl Marx)

Les anticipations marxiennes qui prennent pour perspective le « libre développement humain », constituées à partir d’une extrapolation de tendances et de possibles contradictoires repérés à l’intérieur même du mouvement du capitalisme, ont joué le rôle d’une utopie concrète. Et aujourd’hui, n’est-ce pas ce « libre développement » qui doit être à l’ordre du jour pour assurer un devenir émancipé de nos sociétés ?

Jacques Derrida évoquait quant à lui une « messianicité sans messianisme » comme immanente à l’expérience et nécessaire à l’action humaine. Voici ce qu’il écrivait à ce propos : « La messianicité (que je tiens pour une structure universelle de l’expérience et qui ne se réduit à aucun messianisme religieux) est tout sauf utopique : elle est, dans tout ici maintenant, la référence à la venue de l’évènement le plus concret et le plus réel, c’est-à-dire à l’altérité la plus irréductiblement hétérogène. Rien n’est plus « réaliste » et plus « immédiat » que cette appréhension messianique tendue vers l’évènement de (ce) qui vient. (…) cette exposition à l’évènement qui peut arriver ou ne pas arriver (condition de l’altérité absolue) est inséparable d’une promesse et d’une injonction qui commandent de s’engager sans attendre, interdisent en vérité de s’en abstenir. » (Marx and Sons, Jacques Derrida)

C’est dans cet esprit que nous proposons de construire un nouveau séminaire dont l’axe s’énonce ainsi : « De quoi demain sera-t-il fait ? ».

Avec ce séminaire, nous voulons ouvrir des pistes de réflexion et de dialogue sur cette interrogation, nous voulons apporter notre contribution au travail d’élaboration d’un nouvel imaginaire social propre à révolutionner la conscience du devenir humain. Deux pistes seront plus particulièrement explorées : l’articulation entre utopie concrète et pensée de la transformation sociale qui ouvre sur de nouvelles conceptions des sociétés humaines, celle de l’existence d’alternatives concrètes dans les expériences et les mouvements actuels.

Pour ce faire, nous voulons soumettre cette interrogation « De quoi demain sera-t-il fait ? » à la réflexion et à l’imagination d’intervenant(e)s auxquel(le)s nous proposerons d’exprimer leur point de vue et d’animer des échanges avec toutes celles et de tous ceux qui veulent participer à ce chantier titanesque de la construction d’une nouvelle espérance, moteur d’un engagement présent. Guy Carassus.


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