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Culture & politique
Rémi Boyer a lu "Face aux nouveaux maîtres"

Valère Staraselski, spécialiste d’Aragon pour qui il a écrit une magnifique biographie [1], nous avait bouleversés avec son roman Un homme inutile.

Avec ce livre, Face aux nouveaux maîtres, il rend compte au Politis et aux politiciens de ce qu’est le militantisme politique, un militantisme d’intelligence et de cœur, nourri d’une relation intime avec le peuple. A l’heure où l’art de gouverner semble la dernière préoccupation des hommes politiques de tous bords, Valère Staraselski rétablit les priorités et restaure l’engagement en sa liberté propre et en ses valeurs singulières. Ni doctrine, ni maître.

Dans sa préface, Vincent Ferrier énonce d’emblée tout l’enjeu du livre face aux nouvelles tentations totalitaires : « Avec cet ouvrage, Valère Staraselski entre une nouvelle fois, mais plus offensive que jamais, dans le champ de bataille contre tous les fauteurs contemporains d’aliénation humaine. A savoir les nouveaux maîtres encore que ceux-ci ne soient pas consubstantiellement différents de leurs prédécesseurs ancestraux. Détenteurs du capital, actionnaires du CAC 40, financiers de tout poil, ainsi que leurs fondés de pouvoir politiques et autres porte-paroles et plumitifs médiatiques quelquefois parés du titre de philosophes, militaristes, colonialistes ou racistes divers. Le marché, voilà l’ennemi. Le marché et surtout son arsenal idéologique façonneur de consciences dont les angles d’attaque contre celles-ci sont multiples et immensément diversifiés ou parfois même inattendus. Attention, prévient l’auteur, les nouveaux maîtres peuvent être « des loups polis et souriants, qui ont vite fait de croquer notre envie de vivre ».

Valère Staraselski ne se trompe pas. Il sait que le « Marché » n’est qu’un mot, un concept derrière lequel se dissimulent des êtres humains désireux de mettre la planète en coupe réglée. Derrière le nécessaire combat des idées, se profile le véritable combat contre des humains prédateurs et aliénants. Vincent Ferrier dit bien l’enjeu du livre : « Ecrire ne peut changer le monde, mais il peut changer le regard qu’on porte sur lui et, finalement, modifier le comportement social des hommes. ».

Ce volume est constitué d’un choix d’articles, de communications, d’entretiens et d’allocutions parus sur divers supports : L’Humanité, Libération, Témoignage Chrétien, Vendémiaire, La Faute à Diderot... Leurs titres sont porteurs de sens : L’esprit du vivant ; Grâce pour l’humanité ; Les règles du jeu ; Défense de l’art ; Du sens ; Révolution permanente ; Le devoir de construction historique ; Intelligence du réel contemporain ; Le prix des choses ; Salauds de pauvres ! ; La simple et belle puissance d’exister ; Paroles de fraternité ; Être utile ; Jean de la Fontaine instruit toujours car il instruit humblement

La dimension philosophique (pas celle des prétendus nouveaux philosophes recyclés en permanents du show-biz) est une constante de ces écrits car on ne saurait penser le politique et agir en politique sans l’appui d’une pensée complexe, riche et puissante. La fonction philosophique consiste à interroger les évidences, une interrogation cruellement absente du monde politique immobilisé dans le carcan de ses slogans et de ses préjugés. Un exemple : « En quoi l’impolitesse participe-t-elle du système libéral ? »

Valère Staraselski nous invite à un art du combat politique, le mot « art » ne doit pas nous induire en erreur, le sang n’est pas exclu. L’introspection non plus bien sûr : « Le dernier livre de Raoul Vaneigem, Le Chevalier, la Dame, le Diable et la Mort invite à vivifier le combat de la subjectivité contre sa propre corruption, façon d’élargir la lutte de classe. »

Valère Staraselski a convoqué dans ces pages, destinées à faire des vagues, nombre de figures pensantes et combattantes du passé et du présent. Diderot, Jean Levaillant, Benjamin et Francis Crémieux, Dubravka Ugresic, Aragon et La Fontaine bien sûr, Tzvetan Todorov, Domenico Losurdo, Slavoj Zizek, Marc Bloch, Thierry Renard, Gorki, Céline, Rousseau… Ne s’interdire aucune incursion, aucune route détournée, aucune citadelle… Créer de nouveaux chemins… Explorer encore et encore l’altérité…
« Pour ne pas, dans une optique progressiste, émancipatrice, devenir les dernières roues du carrosse, culture et politique doivent se convaincre qu’elles ont partie liée. Qu’est-ce à dire ? Que le propos, semble-t-il, est moins d’affirmer à tout bout de champ que la culture doit être au cœur du projet de transformation de la société que de travailler ici et maintenant et le plus largement possible au comment. Le début de ce travail permettrait sans doute de se pénétrer de l’idée que la culture a besoin de la politique et des politiques, comme celle-ci et ceux-là sont en retour menacés d’affaissement sans son concours. (…) Bref, œuvrer en politique comme en culture, selon le mot de Bourdieu, à « universaliser les conditions d’accès à l’universel » ne nécessite-t-il pas une sortie de l’entre-soi tellement pratiqué dans l’un comme dans l’autre domaine ? Pourquoi ? Pour la simple raison que ni la culture ni la politique ne pourront « réinventer un monde habitable » sans la sollicitation et le concours de ces personnes qui composent, qui sont le peuple, notre peuple. »

Il s’agit, en accord avec Domenico Losurdo, de disséquer les idéologies dominantes pour mieux les combattre, de repérer et mettre au grand jour les manipulations de l’histoire, de renouveler les luttes émancipatrices et cela commence par le renouvellement de la pensée émancipatrice. Ce processus n’est possible que nourri des œuvres des émancipateurs du passé. Le livre de Valère Staraselski est ici très précieux, il interroge autant qu’il fait lien entre ceux qui, épris de liberté, conscients du sens philosophique et éthique du partage, se sont engagés au côté de ceux qui souffrent pour faire vivre la démocratie. Il offre une matière à travailler.

Sur les traces de ce Jean de La Fontaine qu’il aime tant et qu’il a rappelé en nous par un très beau livre, Le Maître du jardin, dans les pas de Jean de La Fontaine, Valère Staraselski nous éveille humblement au politique.

Face aux nouveaux maîtres de Valère Staraselski, Editions L’Harmattan.
L’Harmattan, 5-7 rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Paris, France.
http://valerestaraselski.net/

Notes :

[1] Aragon, la liaison délibérée. Editions L’Harmattan


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