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Coexistence et perspectives de paix en Corée
Nguyen Dac Nhu-Mai rend compte d’un colloque sur la situation en Corée

" Le meilleur ami est celui avec lequel je suis en difficulté "

Le 2ème colloque international de Corée, à Paris le 20 avril 2013, organisé par l’Alliance Coréenne pour la Réunification Indépendante et la Démocratie (Comité d’organisation du Forum Coréen International) à l’occasion du 60è anniversaire de l’Accord d’Armistice de 1953, a rassemblé une cinquantaine d’intellectuels Coréens, Libanais, Français et Vietnamiens de professions et d’opinions politiques diverses. L’ambiance a été sereine et d’une grande portée éthique, philosophique, historique et juridique. En effet, il s’agit de voir ensemble ce qu’une telle réunion pourrait apporter à la compréhension contemporaine des évènements de crise dans la péninsule coréenne. L’Accord d’armistice de Panmuonjeon de 1953 ayant été dénoncé, la péninsule coréenne plus que jamais serait en danger de guerre au cours de 2013, l’année du 60è anniversaire de cet accord.

Le Président des deux tables rondes, M. Stephen Cho (Directeur de ICR, Coordinateur du CIF) a souhaité la bienvenue aux participants et a donné la parole aux intervenants de la Première table ronde traitant de la situation et de la paix dans la péninsule coréenne.

Me Roland Weyl (Premier Vice-président de l’Association internationale des Juristes Démocrates), dans sa présentation, "Soixante ans après Pam Mun Juon" (PMJ) [1]a déclaré "il y a 60 ans, les accords de PMJ mettaient fin à 3 ans de guerre en Corée. Les Etats Unis y avaient joué un rôle dominant. Ils ont été accusés d’y avoir utilisé des bombes microbiennes (D’où la manifestation à Paris du 28 mai 1952 contre la visite de « Ridgway la peste ») et les millions de signatures sous l’appel de Stockholm ont empêché qu’ils y utilisent l’arme nucléaire. Mais ce n’était pas une guerre entre la Corée du Nord et les Etats Unis. C’était une expédition internationale décidée par le Conseil de Sécurité au prix d’une manipulation de la Charte. Il n’en demeure pas moins qu’il y avait des corps expéditionnaires français, belges, et autres, et que l’accord a été signé non pas entre la République Populaire Démocratique de Corée (RPDC) et les Etats-Unis mais entre la RPDC et la Chine d’une part et le Commandant en chef du commandement de l’ONU. Cela signifie que si les accords de P M J appelaient un traité de paix, ce serait pas avec les Etats-Unis mais avec l’ONU, ce qui en montre l’erreur.

En réalité, l’accord de P.M.J a été un accord de cessez le feu mettant fin à une opération de police de l’ONU. A partir de quoi, le droit international reprend ses droits sans qu’il y ait besoin d’aucun traité de paix. D’ailleurs, les traités de paix n’avaient de sens que quand il n’y avait pas la loi internationale établie par la Charte.

Depuis 1945, il n’y a plus de traités de paix, parce que la paix est devenue une obligation internationale qui ne dépend pas de la bonne volonté de signataires d’un traité. Il n’y en a pas eu avec l’Allemagne, et avec le Vietnam l’accord de Paris a été un accord d’arrêt des hostilités qui, lui, était bien avec les Etats Unis et portait sur leur retrait de leurs troupes. Si cela avait été plus, il y aurait eu des dommages de guerre et nous n’aurions pas à batailler sur l’Agent orange/dioxine.

La Charte mettant la sécurité internationale entre les mains de la communauté internationale, et l’article 2.4 interdisant à tous les Etats le recours à la force ou à la menace de la force, aucun Etat n’a le droit d’y substituer sa propre police, si bien que la présence US le long des cotes coréennes comme les manœuvres, les bases et les alliances sont parfaitement illégales. Y mettre fin ne peut pas dépendre de leur bon vouloir ou de leur signature d’un traité. C’est un problème de fond qui ne concerne pas que la Corée. Pourquoi un traité entre Israël et la Palestine ? Ou pour interdire l’arme nucléaire ? Cela signifierait que tant que le traité n’est pas signé on peut faire ce qu’on veut. Comme si en droit interne, on pouvait librement assassiner n’importe qui tant qu’on n’a pas signé avec lui un accord interdisant de l’assassiner.

Revendiquer un accord de non agression voudrait dire que tant qu’il n’est pas signé, il peut y avoir une agression, et que donc l’article 2.4 de la Charte n’existe pas. En réalité, la question de la sécurité nord-coréenne ne doit pas dépendre d’un accord US La RPDC serait en droit de demander la protection de l’ONU contre les Etats-Unis.

De même pour la réunification, la seule disposition d’avenir de PMJ était « la solution pacifique du différend », ce qui là encore est un principe de la Charte. Le différend ici avait été la division des Coréens en deux Etats. La suite de PMJ, c’est la négociation pour la réunification. Et c’est aussi respecter le droit des peuples à leur auto-détermination En effet, il n’y a pas deux peuples coréens. Il appartient au peuple coréen et à lui seul de dire s’il veut deux Etats ou un seul et la négociation doit être entre ses deux représentations étatiques ou selon un mode unitaire de consultation.

Et il est de la responsabilité de tous les peuples solidaires d’exercer leur pouvoir à l’ONU, par leurs Etats, pour faire respecter le droit international par les Etats-Unis. C’est pourquoi on peut regretter que la RPDC, par le choix de sa politique de rupture, s’enferme dans une logique bilatérale, qui finalement nourrit l’image que les USA se donnent d’être les maitres du monde aux lieu et place de la communauté internationale et dans l’ignorance de sa loi.

Ho Chi Minh attachait une grande importance au front de l’opinion internationale. C’est notre responsabilité (indivisibilité du droit, respect de notre loi. Et c’est tout l’importance de notre conférence.

Selon le Dr. Luong Can Liêm (Président de l’Association franco-vietnamienne de Psychiatrie et Psychologie médicale - Université de Paris XII), " un psychiatre parle de psychologie, un juriste parle de la légalité et de la légitimité et un militaire, de la guerre, de faire la guerre. Ce qui nous rassemble aujourd’hui, c’est de parler de la paix, de construire la paix et d’avoir l’esprit de paix.

Il faut d’abord se prémunir des manipulations mentales d’où elles viennent de partout. Ainsi, en Irak, l’argument des armes de destruction massives était finalement le mensonge du siècle. En 1964, l’incident du Golfe de Tonkin était un prétexte de l’armée américaine pour débarquer au Vietnam. En fait, c’est l’écho sonar d’un dauphin qu’on a dit une torpille vietnamienne contre un navire de guerre américaine.

Pour faire la paix, il faut enlever l’esprit de haine. Quand je vois le drapeau coréen, celui du sud, je suis enchanté de croire que seule une conception culturelle peut nous aider à retrouver le chemin de faire la paix. Sur le drapeau, il y a la figure du Yin Yang et l’hexagramme du Yi King, les fondements des cultures asiatiques dont le Vietnam en fait partie. L’hexagramme du Yi King, c’est quoi ? Il dit que l’avenir appartient à un ordre humain et que le cosmique aspire à l’harmonie, à être entier. Le Yin Yang, c’est quoi ? C’est le nord et le sud, l’idéologie communiste et l’idéologie libérale, c’est la guerre et la paix, c’est aimer ou haïr.

Toute l’harmonie se régule en elle-même et il est un leurre de penser qu’elle se fera quand on aura éliminé l’élément étranger parce que les hommes trouveront bien toujours quelque différence entre eux pour se détester. A partir du moment où l’homme pense que la solution d’un problème passe par l’élimination de l’autre, il raisonne en termes de soi et de non-soi. Ce n’est pas une dialectique propre au Yin Yang mais une dialectique externe de destruction où l’étranger doit être anéanti. On fabriquera ainsi toujours des ennemis.

A vrai dire, les Etats-Unis sont actuellement présents en République de Corée Le raisonnement mental de penser que sans eux, qu’après leur départ, les Coréens pourront alors régler les problèmes entre eux, risque d’être un raisonnement idéaliste de pureté. Le contexte du monde, l’idéologie post-soviétique feront qu’il y aura en l’état des choses, il y aura toujours des partisans du pour et du contre ; et on continuera à faire fonctionner la haine.

Il nous faut donc contourner le problème et réfléchir à l’après-coup avant de vouloir régler la question militaire par faire la paix juridique qui le sera forcément un jour. C’est comme dans un mariage. Les familles se mettent à discuter des conditions morales et des contrats juridiques du mariage alors que les intéressés parlent déjà du futur.

Dr. Luong Can Liêm a proposé " de penser aux moyens de construire un futur et c’est en voyant ce futur que la paix se fera parce que justement, on n’a plus peur de pouvoir « vivre-ensemble ». D’abord, le fait de penser qu’on a raison sur une vérité amène une volonté de l’imposer aux autres comme une vérité universelle et générale. Elle crée la répulsion et la haine. Obliger les personnes à respecter un contrat serait un leurre car l’éthique du contrat n’est pas une éthique d’engagement et d’intérêts réciproque. La crainte de la tricherie et du mensonge crée de la suspicion, c’est-à-dire des adversaires potentiels et des ennemis invisibles. Un contrat de paix ne serait qu’une pause pour de nouvelles guerres.

La leçon vietnamienne a appris que la haine ne peut se régler par du juridique qui punit et sanctionne. Dans l’argumentaire de notre colloque, vous avez évoqué les Accords de cessez-le-feu de 1973 au Vietnam. Il y a dans ces accords un concept de psychologie politique purement asiatique. C’est celui de la Réconciliation et de la Concorde Nationale qui est une pure approche Yin Yang des antagonismes. Il fallait en effet parler que ce que sera la paix, de ce que la paix fera pour le peuple une fois le silence des armes obtenu. Pour faire une réconciliation et une concorde entre les hommes qui étaient trop longtemps éloignés, il faut une volonté d’éthique nationale, une culture de paix et des méthodes humaines. Cela a été le rôle au Vietnam d’une société civile qui a su se garder des manipulations. C’est là le rôle historique et objectif de la culture qui aura su dominer les impératifs idéologiques. L’expérience allemande doit nous éclairer aussi. Si je sais me prémunir des manipulations, je sais que l’idéologie est un projet mental et politique pour une projection d’avenir à un moment de l’histoire mais l’idéologie ne fait pas tout. L’idéologie ne peut pas résumer une culture politique, et une culture politique ne résume pas toute la culture de la nation même si l’idéologie par essence, voudrait bien parler de tout et pour tout le monde. Aussi, humblement, je vous confie que j’ai besoin d’écouter ce que dit l’idéologie, ce que disent toutes les idéologies mais qu’en même temps, je me méfie d’elles."

En remerciant les organisateurs de l’avoir invité [2], il a rappelé que le Vietnam est l’ami de tout le monde et éventuellement, ce pays pourrait faire quelque chose pour la paix en Asie.

Mme Nguyen Dac Nhu-Mai (Historienne des relations internationales, Membre du Comité des Conseillers du Forum International de Corée) avant de parler de l’impact de la culture de paix en Corée, a souligné la différence entre la Guerre du Vietnam et celle de Corée. Le Vietnam a été l’objet d’une agression de la part des Etats-Unis d’Amérique et il est parvenu à son indépendance et à la réunification en 1976, en ayant combattu son adversaire américain sur trois fronts, militaire, diplomatique et de l’opinion internationale [3]. Malgré la signature de l’Accord de Paris du 27 janvier 1973 les hostilités sur le terrain ont continué jusqu’au 30 avril 1975 avec la débâcle des Etats-Unis et de leurs alliés. Lors du colloque à Choisy- le- Roi du 22 mars 2013, célébrant la commémoration du 40è anniversaire, les Acteurs et Négociateurs ont indiqué que ces accords ont été les plus longs dans l’histoire des négociations internationales avec une durée de cinq ans [4]

Comme Me Weyl et Dr Luong Can Liêm, Mme Nguyen Dac a voulu sur cette lancée, donner à la culture de la paix, une place prépondérante. Il lui a semblé que la meilleure façon de relever " les défis politiques, économiques et sociaux est celle de promouvoir une culture de la paix par le renforcement des valeurs de tolérance, de solidarité, de non-violence, de justice, d’équité, d’éthique et de compréhension mutuelle, ainsi que par la reconnaissance et la réalisation du droit fondamental des peuples et des nations de vivre en paix."

De nombreux accords bilatéraux ont été établis entre la RPDC et la République de Corée, Cependant, l’accord inter-coréen du 4 Octobre 2007 a été un système de paix permanent par l’organisation des échanges réguliers entre des responsables de haut niveau de la défense des deux Etats. Une ouverture significative de l’accord a concerné le rétablissement du transport inter ferroviaire de fret. La frontière maritime dans la mer Jaune (Huang Hai, aussi appelée la mer de l’Ouest), est devenue une zone de coopération bilatérale. De même, le dialogue inter-coréen a donné lieu à une intensification des relations entre le Nord et le Sud, pour une réunification progressive en particulier avec la politique du rayon de soleil (la Sunshine policy) où Séoul a préconisé une politique de détente avec Pyong Yang, mettant en évidence une approche du gagnant-gagnant. Ainsi, des éléments identifiant un peuple (en particulier, territoire, langue, culture, histoire et destin) devraient appuyer la culture de la paix préconisée dans la Déclaration de Hanoi du 15 mai 1999. Elle a informé cependant, que la Loi de Sécurité Nationale est toujours appliquée dans la République de Corée alors que la communauté internationale a sollicité son abrogation lors du premier colloque international à Paris le 19 juin 2012.

Les intervenants suivants [5] MM. Benoît Quennedey (Vice Président de l’AAFC), Charles Florent (Doctorant en Sciences politiques), Rémy Herrera (Chercheur au CNRS, Secrétaire exécutif du FMA) et Walid Okais (Juriste, Membre de Droit Solidarité), dans l’ensemble ont appuyé la solution de la négociation dans la péninsule coréenne pour arrêter l’escalade des tensions de part et d’autre. Ils ont aussi expliqué le jeu complexe de la Chine, la position du Japon, les enjeux géostratégiques des grandes puissances ainsi que la nécessité de la démilitarisation de cette région. Tous déplorent le blocus économique imposé et encore en vigueur à l’encontre de la RPDC et de Cuba. M.Benoit Quennedey, a de même présenté la "pétition pour le projet du traité de paix" lancée en 2008 par des juristes et des chercheurs de Solidarité pour la paix et la réunification de la Corée (Solidarity for Peace and Reunification of Korea), comprenant 38 articles à signer par le Représentant de la République de Corée, le Représentant de la République populaire démocratique de Corée, le Représentant des Etats-Unis d’Amérique et le Représentant de la République populaire de Chine.

Le débat entre la salle et les intervenants a été très riche. Il en ressort que l’accord de Pam Mun Jong de 1953 a exprimé seulement les modalités de cessez-le-feu. dans la mesure où l’objet des hostilités a été de préserver la coexistence des deux Corées, et où le cessez-le-feu a affecté cette coexistence, remettant la situation dans le statu quo ante. Nous nous retrouvons donc dans la situation de séparation en deux Corées (Nord et Sud) et l’obligation de respecter le droit international, c’est-à-dire de résoudre les différends par la voie pacifique de la négociation. Sur les objectifs de cette négociation, il s’agit de reconnaître la légitimité du combat politique et diplomatique de la RPDC pour le respect du droit international, à savoir le retrait des bases américaines et la fin des manœuvres navales et même de toute présence des Etats-Unis, y compris sous le couvert d’accords avec la République de Corée. Le devoir des autres peuples, au nom de leur responsabilité du chef de ce que leurs Etats font en leur nom, est celui d’agir sur leurs gouvernements pour qu’ils soutiennent cette revendication de la RPDC de respect du droit international. par les Etats-Unis. Ce droit international ne peut et ne doit pas rester dans le coma ; bien qu’il ait été maltraité par les grandes puissances..

Pendant la pause, un film sur les actualités coréennes a montré la tension présente, créant le désarroi de la bourse à Séoul et accentuant l’accumulation des provisions et des vivres de la part de la population. On sait aussi qu’après une étape à Séoul et avant de se rendre à Tokyo, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, arrivé à Pékin le 13 avril. 2013 a souhaité convaincre le président Xi Jinping, de jouer de ses connexions à Pyongyang pour tenter d’assouplir les positions de la RPDC. Par ailleurs, Mme Park Geun-hye, présidente de la République de Corée (élue depuis le 19 décembre 2012) a évoqué son projet de "processus de confiance dans la péninsule coréenne". [6]

De la possibilité d’instaurer un Traité de Paix, avant tout, les Etats-Unis doivent quitter la péninsule coréenne selon M. Maurice Cubierman (Enseignant en histoire) et Ms Sylvie Zarkan (POLEX) [7]

Qui menace qui ?

Dans la deuxième table ronde [8] traitant de la possibilité et méthodologie du Traité de paix entre la RPDC, M. Robert Charvin (Professeur à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, Doyen honoraire de la Faculté de Droit et de Sciences Economiques, Spécialiste dans les relations internationales) a insisté sur "l’état comateux du droit international et sur les violations de plus en plus fréquentes pratiquées par les grandes puissances" [9].

" Le recours à la force armée notamment devient une banalité rappelant l’époque coloniale. Il est donc nécessaire d’aider les citoyens à s’approprier ce droit et à en faire une arme politique, alors que les partis politiques tendent à le négliger. Il faut donc développer l’information, par exemple, sur le contenu du Traité de Non-Prolifération, qui concerne la question coréenne. Il faut manifester la plus grande réactivité à l’encontre des médias et des faux experts qui travestissent en permanence la réalité coréenne.

La diplomatie de Pyong Yang veut atteindre un objectif élémentaire, c’est-à-dire un ensemble de garanties, pour assurer son existence. Les 24 millions de Nord-Coréens dont le budget militaire représente 1% de celui des Etats-Unis ne sont une menace pour personne. Ils constituent au contraire une force de paix en Asie et un acteur de la démocratisation de la société internationale, trop unipolaire pour favoriser le progrès. La planète a besoin « d’une séparation des pouvoirs » pour ne pas être soumise aux seuls intérêts d’un empire : d’ores et déjà, comme d’autres petits et moyens Etats, la RPDC constitue un contre-pouvoir positif pour les équilibres internationaux.

Les Etats-Unis et leurs alliés européens osent parfois invoquer le droit international : c’est le cas à l’encontre de la RPDC à propos du nucléaire. Le Traité de Non-Prolifération serait violé. En réalité, la RPDC, en toute légalité n’est plus membre du TNT et n’y est donc pas soumise. De plus, le TNT prévoit que les puissances dotées de l’arme nucléaire ont pour obligation d’engager des négociations pour se désarmer, ce qu’elles ne font pas. Par contre, elles utilisent de manière discriminatoire les autres dispositions du TNP prévoyant la non dissémination. Ainsi, certains Etats seraient d’une « qualité » suffisante pour conserver une arme nucléaire, tandis que d’autres, comme la RPDC, seraient dangereux et irresponsables. En quoi, Israël ou le Pakistan, par exemples, auraient une qualité équivalente à celle des grandes puissances ? Ne voit-on pas dans cette attitude occidentale le vieux racisme méprisant et l’hostilité traditionnelle à l’encontre des peuples du Sud, remontant à l’époque coloniale ? En sommes-nous encore aux Etats-Unis et en France aux distinctions entre peuples civilisés et peuples barbares ?"

Dans sa présentation, le Dr Louis Reymondon, se déclare d’abord, " comme la majorité des français, mal informé de l’histoire et des problèmes contemporains de la Corée. Mais, par analogie avec la tragédie vietnamienne, il pressent la gravité des enjeux géostratégiques mettant en péril le peuple coréen et la paix mondiale, la Corée étant au carrefour des intérêts des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine et du Japon, grandes puissances qui la maintiennent coupée en deux depuis soixante ans ! "

"En chirurgien chevronné, il voit que si l’on coupe un corps en long, en large ou en travers, on le mutile, on asphyxie sa respiration, bref on l’assassine ! Et si, en plus, on l’étrangle, il hurle, tempête, menace. Par l’histoire, la culture, la langue et les liens familiaux, “la Corée est une” et aspire légitimement à retrouver son unité avec l’indépendance et la liberté. Les présences militaires étrangères en Corée dans les terres, les mers et les airs du Sud et l’embargo économique à l’encontre du Nord entretiennent un état de belligérance larvée dont les poussées de fièvre pourraient dégénérer. Toutes les formes de guerre sont prêtes à éclater en raison de la présence d’armes de destruction massive dont les Etats-Unis ont déjà usé par le passé, à leur initiative, guerres atomique, chimique ou bactériologique pouvant à tout moment anéantir une part immense de la population mondiale. Est-ce l’objectif de certains ?

Mais le discours médiatique tend à accuser la petite République Populaire Démocratique de Corée pour mieux justifier l’insupportable viol par les grandes puissances de la Charte des Nations Unies qui interdit l’ingérence militaire et les mesures économiques contraignant la souveraineté et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les Occidentaux, qui diabolisent la RPDC en présentant ses dirigeants comme coupables d’une permanente insécurité dans la région, ne font qu’écrire une version moderne des “Animaux malades de la Peste” de Jean de la Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous feront blanc ou noir » ! "

" Nous devrions exiger des médias notre droit à une information impartiale et documentée car lorsque tous les membres d’une société pensent ou feignent de penser la même chose, on est dans “la police de la pensée” et, à l’échelon d’un Etat, en dictature. La tragédie vietnamienne procure ici quelques “leçons de l’Histoire“ en vue d’une stratégie de Paix. On ignore trop souvent que l’usage prohibé de l’arsenal militaro-industriel des Etats-Unis a laissé des traces indélébiles et jamais réparées : les épandages d’Agent Orange/Dioxine ont causé des dommages effroyables à la nature et aux populations civiles jusque dans leur lointaine descendance. C’est assez pour que la Communauté internationale exige le retrait des armes et le “plus jamais çà”. Les voies de la paix passent par l’urgence de négociations et d’initiatives diplomatiques. La mémoire des “Accords de Paris”, signés entre les forces armées en présence, rappelle la tradition et la capacité de médiation de la France. Une politique étrangère française, indépendante, doit impérativement retrouver sa vocation d’accueil des négociateurs de paix. Elle doit cesser de se conduire à la remorque des marchands d’armes et des diktats de la City de Londres et de Wall Street qui s’exercent dans les paradis fiscaux. La France est l’un des rares pays de l’ONU à ne pas avoir encore reconnu la RPDC qui pourtant en est membre. Les Groupes d’amitié des Assemblées parlementaires (Assemblée Nationale et Sénat) devraient s’employer à l’établissement de relations diplomatiques normales et symétriques avec les deux Corées, en se souvenant que jamais les Accords de l’avenue Kléber n’auraient pu se préparer si le Viêt Nam du Nord n’avait pas eu une délégation générale à Paris, comme celui du Sud y avait une ambassade. La diplomatie française reste sur des positions que ni le Droit international ni la raison ne sauraient légitimer. Enfin, pour avancer et contribuer à l’établissement de la paix en Asie Pacifique, nous devons nous mobiliser pour agir sur l’opinion et favoriser l’exercice du seul pouvoir légitime, celui de la conscience des peuples qui façonnent pas à pas leur démocratie."

"Ce colloque a exprimé des analyses pertinentes et éclairantes. Maintenant, il nous faudra dépasser ce cadre consensuel : c’est “la culture du dissensus”, la capacité de sortir du “dialogue entre nous” pour convaincre ceux qui ne sont pas justement informés qu’on doit délivrer le faible de l’oppression des puissances de l’argent."

"Là où il y a conscience éclairée et volonté, il y a un chemin à parcourir ensemble."

MM. Patrick Kuentzmann (Secrétaire général de l’AAFC), Maurice Cukierman (Enseignant en histoire) et Mme Sylvie Zarkan (POLEX) [10] ont présenté des points de vue importants sur la possibilité et la méthodologie du Traité de Paix. Les Français ont insisté sur l’application du droit international et le consensus tandis que les Coréens progressistes ont tablé sur le retour de la négociation entre la RPDC et les Etats-Unis d’Amérique..

Dans leurs interventions [11], MM Inhak Cho (Suppléant du président du comité de l’Europe du Parti Progressiste Unifié), Sangjun Lee (Co-président de l’Alliance Coréene pour la Réunification Indépendante et la Démocratie), Stephen Cho, Ms Sungyee Park (Secrétaire générale du Comité de l’Europe pour la déclaration du 15 juin) et Ms Jisook LEE, Présidente du Comité de l’Europe pour la déclaration du 15 juin) ont sollicité le rétablissement de la paix en abordant la non-agression entre le Nord et le Sud et l’affirmation de la réunification par la création d’un système fédéral.

Perspectives

M.Stephen CHO a expliqué la situation de la péninsule coréenne, actuellement en état de grande tension. En effet, " à l’initiative des Etats-Unis, le Conseil de sécurité de l’ONU a pris une résolution condamnant le lancement du satellite pacifique de la RPDC du 12 décembre 2012. qui de suite a réagi par l’annulation de tous les accords diplomatiques. Les Etats-Unis et le Conseil de sécurité de l’ONU ont accentué cette résolution et la RPDC a relevé le défi. De plus, les Etats-Unis et la République de Corée ont effectué les manœuvres militaires « Key Resolve » (du 11 au 21 mars 2013) et « Foal Eagle » (mars et avril 2013) dirigées contre la RPDC. De ce fait, le 5 mars 2013, cette dernière a répliqué par l’invalidation des accords d’armistice de 1953. En conséquence, l’état d’arrêt de la guerre est devenu un état de prélude à la guerre. En fait, la situation dans la péninsule coréenne est une situation d’alerte de guerre où les deux côtés ont proclamé l’état d’urgence. Par ailleurs, récemment, les Etats-Unis ont engagé les bombardiers nucléaires stratégiques B-52 et les bombardiers furtifs nucléaires B-2 dans les exercices « Foal Eagle ». La RPDC a donc convoqué en urgence une réunion du commandement des unités de missiles le 29 mars 2013 et adopté un plan enjoignant aux forces stratégiques de cibler le continent américain. Elle s’est aussi déclarée en état de guerre par un communiqué spécial du gouvernement, des partis et des organisations de la RPDC du 30 mars 2013. Ensuite, le 5 avril 2013, elle a pris la mesure de fermeture provisoire de la zone industrielle conjointe de Kaesung exploitée par le Nord et le Sud, et, le 8 avril 2013, elle a proposé aux ambassades étrangères d’évacuer leur personnel de la péninsule coréenne. En un mot, la situation actuelle peut être interprétée comme l’a exprimé le porte-parole de l’Etat-major de l’Armée populaire de la RPDC le 4 avril 2013 : « Nous sommes à la veille de l’explosion. La question n’est plus qu’il y ait une guerre ou pas, mais qu’elle va éclater aujourd’hui ou demain. » "

"Concernant le processus d’annulation de l’accord d’armistice (Panmunjeom) Concernant les accords d’armistice, l’article 4-60 est le plus important stipulant comme suit« Article IV Recommandations aux gouvernements concernés des deux côtés. 4-60. Afin d’assurer le règlement pacifique de la question coréenne, les commandants militaires des deux côtés recommandent par la présente aux gouvernements des pays concernés des deux côtés que, dans les trois mois qui suivent la signature, l’accord d’armistice prend effet par une conférence politique d’un niveau élevé des deux côtés et assurée par les représentants désignés respectivement pour régler par la négociation les questions du retrait de toutes les forces étrangères de la Corée, le règlement pacifique de la question coréenne, etc. » Pourtant, les Etats-Unis ont annulé l’article 4-60 le 8 août 1953 en concluant l’accord de défense mutuel avec la République de Corée selon leur scénario préétabli, et ils ont légitimé l’installation de bases militaires américaines en République de Corée. Les Etats-Unis ont annulé également l’article 2-13 (d). L’article 2-13 (d) stipule de « Cesser l’introduction en Corée du renforcement des avions de combat, véhicules blindés, des armes et des munitions ». Le 21 juin 1957, les Etats-Unis ont dénoncé unilatéralement cet article 2-13 (d) et ont fait de la Corée du Sud la plus grande base militaire nucléaire d’avant-poste et la poudrière nucléaire de l’Extrême-Orient en installant plus de 1000 armes nucléaires ainsi que des armements modernes lourds. Il s’agit d’une violation claire de l’accord d’armistice."

Le contenu et la possibilité de l’établissement d’un nouveau système de protection de la paix dans la péninsule coréenne doivent prévoir de protéger la paix et la stabilité sans qu’il y ait une possibilité de guerre, soit par des accords bilatéraux entre la RPDC et les Etats-Unis, soit par des accords trilatéraux associant la Chine. Le problème pour la RPDC est d’obliger les Etats-Unis à mettre fin à l’occupation militaire en République de Corée et à normaliser leurs relations avec elle. C’est pour cela que, la RPDC a reconnu qu’il est inévitable d’avoir un conflit avec les Etats-Unis pour renverser la situation courante. Il en résulte que la RPDC renforce son offensive contre les Etats-Unis et la République de Corée en voulant fermement changer la donne au cours de l’année du 60ème anniversaire de l’accord d’armistice. Aujourd’hui, il y a donc deux voies pour ce compromis. L’une est l’établissement d’un accord de paix comme celui du 27 janvier 1973 entre le Vietnam et les Etats-Unis. Et l’autre est un accord pour la paix et la réunification entre la RPDC et la République de Corée avec un système fédéral.

Le processus d’établissement et de sauvegarde de la paix, après élimination de la tension actuelle, devra respecter les 4 points suivants : 1) l’évacuation des bases militaires américaines en République de Corée, 2) l’interdiction de l’ingérence des forces étrangères et de l’embargo économique à l’encontre de la RPDC 3) la déclaration d’un pacte de non-agression et la normalisation des relations diplomatiques entre la RPDC et les Etats-Unis. Ensuite, il y aura l’organisation d’un système pour la sécurité de la paix non pas seulement en Corée mais aussi en Asie du Nord-Est. Ce système sera qualitativement différent de celui de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), après l’effondrement de l’URSS. Selon certaines expressions, « quand la nuit s’avance, on arrive à l’aube » et « le malheur est remplacé par le bonheur »,il en découle que la fin de la crise actuelle en Corée doit correspondre à ce que veulent le peuple coréen et les peuples épris de paix dans le monde. Il est donc grand temps que toutes les forces qui souhaitent la paix en Corée agissent.

En remerciant les intervenants, les invités et les amis Coréens qui se sont déplacés de Séoul et de diverses villes d’Allemagne et pour la richesse d’une telle rencontre, M. Stephen Cho et l’équipe organisant le colloque, ont offert le verre de l’amitié.

Il est probable que le proverbe coréen "le meilleur ami est un ami avec lequel je suis en difficulté" va avoir un grand impact dans la conscience des femmes et des hommes épris de paix en Corée. Aussi avons-nous observé la grande mobilisation des mouvements d’ouvriers, de travailleurs, d’étudiants et de femmes lors des forums organisés à Séoul en novembre en 2011 et en septembre 2012 [12].

A l’occasion de ce colloque Mme Nguyen Dac Nhu-Mai en traduisant pour les lecteurs anglophones, le livre de M Robert Charvin "Comment peut-on être Coréen (du Nord)" (How it is possible to be (North) Corean) a espéré contribuer à une meilleure connaissance de la RPDC.

Il nous semble judicieux de relever ce qui a été débattu lors des deux tables rondes, à savoir l’importance donnée au droit à l’information et que le droit international est "un combat citoyen". La totalité des participants ont proposé que tous les peuples agissent sur leurs gouvernements pour que la paix soit assurée au peuple coréen dans le respect de son indépendance et de son droit à sa libre détermination.

Nguyen Dac Nhu-Mai

Notes :

[1] Rappelons les faits historiques : le 27 juillet 1953, après trois ans et plusieurs millions de morts, la guerre de Corée a pris fin avec la conclusion d’un simple accord d’armistice. Aucun traité de paix n’a été signé depuis. Ce qui signifie que la péninsule coréenne est techniquement en état de guerre depuis 60 ans. Les Etats-Unis d’Amérique, sous le couvert de l’ONU, ont apporté leur soutien aux gouvernements militaires en place à Séoul. L’armée américaine maintient 28.500 soldats dans la péninsule coréenne et conserve le contrôle opérationnel des forces armées sud-coréennes en temps de guerre au moins jusqu’en 2015. En République de Corée, un commandement des Nations Unies a été constitué avec des militaires des 15 pays intervenus dans la Guerre de Corée, aux côtés des Etats-Unis, en application d’une décision du Conseil de sécurité du 7 juillet 1950. Cependant, entre 1953 et 1957, ces 15 pays ont retiré leurs corps expéditionnaires de Corée, laissant les militaires américains au sein du Commandement des Nations Unies.

[2] Voir son texte dans les Annales du 2è colloque international de Corée in. THE FRONT N° 16.

[3] Vo Van Sung : Chien dich Ho Chi Minh giua long Paris (La bataille Ho Chi Minh au cœur de Paris) NXBQDND, Hanoi 2005

[4] Nguyen Dac Nhu-Mai : Le Vietnam actuellement entretient des relations amicales et de coopération avec tous les peuples épris de paix. Cependant le dernier fantôme de la guerre du Vietnam avec les Etats-Unis d’Amérique reste encore l’Agent orange/dioxine, produit toxique largué par l’aviation américaine de 1961 à 1971, Impact sur la santé humaine et l’environnement- Les Accords de Paris dans le cœur des Français in Le courrier du Vietnam du 25 01 2013, http://lecourrier.vn/lecourrier/fr-.... Voir aussi Impact of ecoside in Vietnam - in Towards a sustainable Ecology - Global Challenges and Local Tesponses in Africa and Asia. 55 Years after the Bandung Asian-African Conference 1955. Editions Darwis Khudori and Yukio Kamino, May 2013 p.45-53.

[5] Voir leurs interventions intégrales dans les Annales du 2è Congres international de Corée in THE FRONT N° 16

[6] Mme Park l’avait signalé dans son discours d’investiture du 25 février et détaillé le 27 mars l2013 lors de la finalisation du projet de politique nord-coréenne de son administration. selon Philippe Mesmer in Le Monde du 13 04 2013 Voir son article Séoul joue la carte de l’apaisement dans le conflit avec Pyong Yang

[7] Voir leurs interventions intégrales dans les Annales du 2è Colloque international de Corée in THE FRONT N°16.

[8] Voir leurs interventions intégrales dans les Annales du 2è Colloque international de Corée in THE FRONT N°16.

[9] voir sa conférence "Où en est la question coréenne" du 19 04 2013, à la Maison des associations 14 avenue René Boysleve 75006 Paris, organisée par l’Association d’Amitié France Coréenne, dans laquelle, M. Charvin a rappelé les données du contexte géopolitique et montré qu’un chemin existe sur la voie da la paix et de la réunification de la Corée.

[10] Voir leurs interventions intégrales dans les Annales du 2è Colloque international de Corée in THE FRONT N°16

[11] Voir leurs interventions intégrales dans les annales du 2è Congrès international de Corée in THE FRONT N°16.

[12] A Séoul, le 3è Forum international de Corée du 28 novembre au 3 décembre 2011 a concerné la transformation, le 4è Forum du 17 au 21 septembre 2012 a traité de la Souveraineté populaire


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