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Chanter pour le climat ?
Par Eric Le Lann

Les organisateurs du gala du 22 novembre 2009 Ultimatum pour le climat [1] n’ont rien trouvé de mieux que d’inviter en artiste vedette Yannick Noah. Un aller-retour Paris-New York [2], pour une soirée de mobilisation sur les enjeux climatiques, il y avait sans doute mieux à faire. Certes, le mode de vie planétaire de personnalités telles que Yannick Noah ou Yann Artus-Bertrand, qui prennent l’avion comme d’autres le métro, ne disqualifie pas leurs prises de position. Leur exemple démontre néanmoins que la meilleure volonté du monde ne suffit pas pour adopter un comportement vertueux. Cela vaut pour tous ceux qui ont besoin de la voiture pour se rendre à leur travail, avec bien sûr des émissions moindre que les habitués de l’avion. Il ne sert donc à rien de les culpabiliser : seul un pouvoir juste, respectable et respecté, pourra répartir et mettre en oeuvre une politique efficace de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Au-delà de cette anecdote, l’initiative du 22 novembre pose de nombreuses questions sur le fond comme sur la forme.

Sur le fond, l’appel adressé à Nicolas Sarkozy par les organisateurs de la soirée mérite réflexion. Ce texte met en avant la nécessité d’une réduction drastique des émissions de CO2. Il se prononce pour le maintien de l’année 1990 comme base de référence, ce qui n’est pas négligeable dans un contexte où les Etats-Unis manœuvrent pour imposer une base moins contraignante, en retrait sur le protocole de Kyoto, manoeuvre qui aurait sans doute été dénoncée avec plus de force si Georges W. Bush était encore président. Il admet cependant que les émissions puissent encore croître d’ici 2015 [3] , c’est à dire pour toute la période qu’un accord à Copenhague serait censé couvrir.

Mais surtout, il me semble qu’il ne tire pas vraiment les leçons de l’échec du Protocole Kyoto. Car tout le problème est que l’exploitation des combustibles fossiles a augmenté depuis sa signature, et donc évidemment les émissions de gaz à effet de serre. On peut douter qu’une perspective de diminution de cette exploitation puisse s’affirmer sans leur contrôle et ce contrôle ne peut voir le jour sans une autre répartition de ces ressources aujourd’hui vitales. Il s’agit de considérer le pétrole, en particulier, comme un bien commun à l’échelle de l’humanité. Une telle conception est absente de l’appel, qui aborde les relations entre les pays les plus riches et les autres en termes d’aide, mais non de biens communs ou de réparation. Autre faiblesse majeure qui explique que le Protocole de Kyoto soit resté lettre morte : il ne prévoyait pas de sanction. L’angélisme n’a pas de place en ce monde : pour être appliqué, un nouvel accord devrait prévoir des mesures de rétorsions, celles notamment qu’auraient pu encourir les Etats-Unis qui ont défié la communauté internationale. Qu’il soit fort improbable qu’un tel accord sorte du sommet de Copenhague, soit. Au moins, s’adressant à Nicolas Sarkozy, aurait-il fallu poser ces exigences. Faute de quoi, il laisse le champ libre à une des envolées médiatiques dont celui-ci est coutumier lors du sommet de Copenhague, alors que la France brille par son silence dans les négociations préparatoires, ménageant à l’évidence les Etats-Unis, qui restent aujourd’hui encore, et de loin, le principal obstacle à un bon accord et de loin le principal émetteur par habitant [4].

On peut enfin regretter que cet appel ne mentionne pas les mesures que Nicolas Sarkozy devrait prendre au plan national pour une politique de réduction radicale des émissions : pensons en premier lieu à l’annulation du plan de liquidation d’une grande partie des infrastructures de fret ferroviaire [5], et à l’annulation de la construction de nouvelles centrales à charbon.

Cet appel méritait donc débat, mais la forme de l’initiative du 22 novembre ne permettra pas qu’il ait lieu. Et l’on peut se demander si la place prépondérante donnée à la partie artistique, qui couvre toutes les autres dimensions de l’événement, est le moyen le plus adéquat de mobilisation sur cet enjeu, dans la situation actuelle ! La vague des concerts caritatifs pour l’Afrique laisse le souvenir d’avoir surtout contribué à éviter que les responsabilités des uns et des autres ne soient posées : faut-il vraiment reprendre la tradition, au risque d’étouffer les confrontations qui mettront l’humanité en capacité de faire face à ces problèmes inédits ?

Notes :

[1] L’initiative est organisée par une dizaine d’organisations, dont Grennpeace, WWF, la Fondation Nicolas Hulot, Les Amis de la Terre...

[2] Signalons que cet aller-retour représente à peu près la dose annuelle maximale de CO² par habitant qui pourrait éviter que l’accroissement de la concentration en CO² de l’atmosphère

[3] Si le Groupe International des Experts sur le climat évoque 2015 comme année butoir pour la poursuite de la croissance des émissions, c’est parce qu’il suppose qu’aller au-delà ferait courir des risques graves de bouleversement

[4] Et c’est encore plus vrai si l’on prend en compte les émissions cumulées, car le CO² reste des décennies dans l’atmosphère

[5] La création annoncée d’autoroutes ferroviaires pour le frêt est peut-être une solution idéale pour un pays comme la Suisse marqué par une circulation de transit, mais pas pour la circulation poids lourd qui irrigue un territoire


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