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Brésil : un nouvel agenda pour un nouveau cycle
Un article du gouverneur du Rio Grande do Sul.

La première initiative serait l’élaboration d’un programme qui puisse structurer un nouveau rassemblement politique d’organisations (de partis, de courants de partis, d’institutions de la société civile, de mouvements sociaux, d’organisations syndicales et populaires) afin de lancer - par exemple – une large consultation populaire, avec l’aide des gouvernements d’États de gauche dans le pays, sur la Réforme politique et sur l’objectif des 10% du PIB consacrés à l’éducation.

Impôt sur les grandes fortunes, 10% du PIB pour l’éducation, nouvelle loi sur les autorisations accordées dans le domaine des média visant une démocratisation de la diffusion des opinions ; une CPMF (Contribution Provisoire sur les Mouvements Financiers, taxe sur les transactions financières destinée à fiancer la santé publique et la lutte contre la pauvreté que la droite a réussi à faire capoter en 2008, ndt) avec des fonds dédiés spécialement à la santé et aux transports collectifs, avec un contrôle social ; un “système” de participation populaire – virtuelle, présentielle passant par la revalorisation des conférences et conseils nationaux [1] – afin d’élaborer et surveiller les budgets publics, en liaison avec la représentation politique stable et permanente. (Nouvelles politiques d’Etat.)

Un plan de grands travaux spécialement consacré aux infrastructures ferroviaires et aux réseaux de tramway urbains pour les vingt prochaines années ; un programme de soutien et de recherche pour l’innovation technologique plus particulièrement tourné vers l’économie créative et les réseaux de petites et moyennes entreprises de tous les secteurs afin d’attirer des investissements extérieurs et générer des emplois de qualité ; un nouveau programme de réforme agraire, qui se fonde non seulement sur l’accès à la terre, mais aussi sur la promotion d’une agriculture paysanne pour produire et distribuer des aliments de qualité sans recours aux produits chimiques ; une nouvelle étape de renforcement des banques publiques et multiplication des réseaux de microcrédit, urbain comme rural. Engagement sur la Réforme Politique. (Nouvelles politiques spécifiques de gouvernement).

Le Parti des Travailleurs et les partis ou courants de partis de gauche - ou qui se disent progressistes – sont confrontés à l’épuisement d’un cycle politique qui a débuté avec la Constitution de 88 (première Constitution démocratique depuis la période de la dictature militaire, ndt) et, dans le domaine des politiques d’inclusion sociale et éducative, avec les gouvernements de Lula et Dilma. La restructuration de la société de classes, qui a eu lieu pendant cette période, impose de nouveaux défis au “néo-développementisme” (ainsi qu’a été nommée la politique des gouvernements de Lula et Dilma, caractérisée par la volonté de marier croissance économique et inclusion sociale, ndt) afin que les conquêtes actuelles ne se perdent et que nous ne retournions pas à la société des « trois-tiers » [un tiers bien réalisé socialement, un tiers inégalement et incomplètement réalisé socialement et le dernier tiers précarisé, misérable et en situation d’exclusion sociale, NdT], caractéristique des politiques suivie par les gouvernements combinant les prétendus attributs de la « modernité » avec le conservatisme néo-libéral [2].

Mais le cycle « lulo-développementiste” a atteint ses limites. Non pas parce qu’il a échoué, mais justement parce qu’il s’est pleinement réalisé. Pour passer à l’étape suivante, il est indispensable de modifier l’agenda politique et économique du pays : à l’assurance de la stabilité financière dans les rapports avec la finance globalisée (déjà conquise), doit succéder la stabilité des institutions démocratiques républicaines (en crise), qui ne pourront être re-légitimées que par l’articulation entre représentation politique et participation directe des citoyens aux diverses instances de pouvoir.

Il ne s’agit pas de défendre un “spontanéisme d’agora” comme méthode de gestion technique et politique de l’État. Il s’agit de mettre en place des mécanismes réguliers de participation directe – présentielle et virtuelle – pour donner un nouveau sens au républicanisme issu de plus de deux siècles de révolutions démocratiques en Occident. Qu’est-ce qui m’amène à évoquer le remplacement de la « sécurité financière » par la « sécurité politique «  ? Parce que les secteurs conservateurs et les classes privilégiées du pays, liés à la rente financière ou qui tirent profit – directement on indirectement – des spéculations et autres carambouilles, ont bien compris que ce premier cycle de changements vers le progrès dans le pays était arrivé au bout.

Ces secteurs – à partir de ce constat – ont très clairement fait le pari de l’usure politique de la Présidente Dilma et ils mettent en œuvre une stratégie évidente en tablant sur une nouvelle flambée inflationniste pour, rapidement, augmenter les taux d’intérêt afin « d’aider » les banques engluées dans la dette européenne à engager le transfert partiel des coûts engendrés par cette crise. La « socialisation » des coûts de la crise européenne est à l’heure actuelle le grand chantier entrepris par les grands groupes financiers multinationaux, soutenu par l’oligarchie médiatique. Elle a voulu, lors des grandes mobilisations de juillet, les instrumentaliser dans l’exigence d’un nouveau train de « réformes », dont l’exemple le plus éloquent est, en Europe, la subalternisation de la politique aux décisions technocratiques de la Banque Centrale Européenne.

Il est clair que dans ce processus figure également l’objectif d’assujettir encore plus l’économie financière de notre pays à l’orthodoxie professée par les agences de notation dans une spirale sans fin : les dettes de l’Union (le Brésil est une fédération, ndt), des États, des mairies continueront à se creuser jusqu’à ce que nous en arrivions au même point que les pays européens agenouillés face aux décisions de la Banque Centrale Européenne. Parce que c’est un secret de Polichinelle que c’est elle qui gouverne de facto l’Union Européenne aujourd’hui, transformant les partis et les institutions démocratiques des États en coquilles vides de tout pouvoir.

En s’appuyant sur ce constat, il est préférable de promouvoir une politique d’investissements qui génère une croissance soutenue de 3,5 % par an que les cahots actuels qui nourrissent les doutes de tout le secteur privé – grandes, moyennes et petites entreprises - , nous enferment dans la logique spéculative et nous soumettent aux oracles auto-proclamées.

Le temps est venu de nous sevrer de la morphine du système financier global et de modifier l’ordre du jour économico-financier du pays en changeant son agenda politique. La première initiative serait l’élaboration d’un programme qui puisse structurer un nouveau rassemblement politique d’organisations (de partis, de courants de partis, d’institutions de la société civile, de mouvements sociaux, d’organisations syndicales et populaires) afin de lancer - par exemple – une large consultation populaire, avec l’aide des gouvernements d’États de gauche dans le pays, sur la Réforme politique et sur l’objectif des 10% du PIB consacrés à l’éducation : face à la force d’inertie et au commodisme de la majorité du Congrès, impulsons une mobilisation de « bas en haut », dans le respect de l’actuel cadre constitutionnel.

Je me réfère plus particulièrement à ces deux points car ils renvoient aux deux facteurs les plus importants pour changer l’agenda de ce pays, qui touchent directement aux leviers du pouvoir économique (sur les partis : financement public ou interdiction de financements par des personnes morales) et du capital financier sur l’État (dégager des ressources pour l’éducation en réduisant les fonds consacrés au paiement des taux d’intérêt et au service de la dette).

Ce que l’on nomme l’“agenda de la rue” en débat actuellement ne saurait être romancé. D’un côté, nous avons vu des jeunes de la classe moyenne mais aussi des classes populaires se battre pour de meilleurs transports, de meilleurs services de santé et d’éducation, des meilleures conditions de vie dans les régions métropolitaines et des services publics de meilleure qualité parfois mêlés à des préoccupations plus directement corporatistes. Mais ne négligeons pas non plus que s’y sont aussi impliqués des secteurs plus conservateurs de la classe moyenne, de la haute bourgeoisie (« contre la politique »), très clairement sous l’influence de l’oligarchie médiatique (« le géant s’est réveillé »), exigeant également un changement d’agenda, mais dirigé contre la « Bourse Famille » (vaste programme d’aide sociale, ndt), contre le fait de voir des pauvres posséder des voitures, contre les « aéroports surchargés », contre la démocratie, contre les « impôts », comme si un pays pouvait investir plus en disposant de moins de recettes.

Indépendamment du fait que notre candidate (en tout cas la mienne) puisse faire siennes toutes ces revendications dans le cadre de sa campagne pour être réélue, et ainsi ouvrir ce nouveau cycle avec son deuxième gouvernement, il est impératif que ce nouveau programme soit le fruit d’un processus au grand jour de consultations, débats, échanges inter et extra partis, de dialogue entre la représentation politique et le mouvement social et syndical.

Amener les nouvelles générations de militants sans parti à s’impliquer dans l’élaboration du programme pour cette nouvelle période constitue une tâche primordiale pour la gauche qui n’est pas encore morte. Si tel n’était pas le cas, la falsification affirmant que « le géant s’est réveillé » (maintenant !) pourrait faire mouche avec la restauration d’un projet conservateur néo-libéral, de privatisation de l’État et de soumission au capital financier. Quelqu’un est-il capable de gouverner le pays en remettant en cause les conquêtes sociales gagnées sous les gouvernements de Lula et Dilma ? J’en doute. La rénovation de l’agenda politique et économique du pays représente aussi la défense de la République et de la Démocratie pour l’avenir.

Traduit par Pedro da Nóbrega

Mis en ligne sur Tlaxcala
Source : http://www.cartamaior.com.br/templa...
Date de parution de l’article original : 21/07/2013

Notes :

[1] structures de démocratie participative mais dotée de différents pouvoirs, NdT

[2] Référence aux prédécesseurs de Lula à la Présidence, Collor et Cardoso, notamment, NdT


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