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Aragon, Lecoeur : le débat sur l’art
Par Lucien Wasselin

Aragon est sur le plateau de Lorette (près de Lens), le 3 juillet 1949, où se trouve la nécropole des victimes militaires de la première guerre mondiale pour la Journée de fraternité entre les peuples dans le cadre des Caravanes de la paix. C’est le début d’un "compagnonnage" avec Auguste Lecœur dont les adversaires d’Aragon se sont emparés pour le dénigrer, voire le déconsidérer. Mais que sait-on au juste de la genèse de cette journée ? Que sait-on encore de son contexte politique ? Que sait-on précisément des thèses défendues par Auguste Lecœur et de la façon dont Aragon les reçoit au fil des mois ? Autant de questions, autant de raisons de revenir sur cet "évènement"…

Les acteurs : organisations et personnalités

Marie-Thérèse Eychart, qui a pris en charge l’édition de Mes Caravanes et autres poèmes dans le volume I des Œuvres poétiques complètes d’Aragon dans la Bibliothèque de la Pléiade donne l’Union Nationale des Intellectuels (U.N.I.) pour l’un des organisateurs de cette journée [1].

L’U.N.I. est née de la fédération en 1945 des différentes organisations catégorielles d’intellectuels (écrivains, médecins, musiciens, etc.) créées pendant l’Occupation. Aragon siégera à son Comité directeur tandis qu’André Stil en sera le responsable pour le Nord. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il invitera Aragon en 1946 à venir dans le Nord et que celui-ci lui répondit par ces mots : "J’ai fait la guerre en mai 1940 en Belgique et dans les Flandres et pour écrire le roman que j’ai entrepris [Les Communistes, mai-juin 1940], j’ai besoin d’y retourner. C’est vous dire que je suis prêt à accepter votre invitation…" Aragon, une fois la date fixée (18 et 19 mars 1946), viendra et descendra au n°7 de Dourges-Dahomey [2]. André Stil est né dans une famille ouvrière, dans le nord du bassin minier entre l’Escaut et la frontière belge ; son premier livre publié (en 1949) fut Le mot « mineur » camarades. Il fut aussi remarqué par Aragon dès 1945 qui fera publier ses premiers textes dans quelques revues et qui l’appellera à Paris en 1949 où il deviendra rédacteur en chef de Ce Soir.

Mais où et quand fut décidée cette organisation de caravanes de la paix ? Le Conseil Mondial de la Paix est né fin août 1948 lors du Congrès Mondial des Intellectuels pour la Paix qui s’est tenu à Wroclaw en Pologne, naissance dictée par la crainte d’une guerre atomique et par le développement de la Guerre Froide. Une deuxième réunion se déroule à Paris et à Prague du 20 au 25 avril 1949. Très précisément, en ce qui concerne Paris, le Congrès Mondial des Partisans de la Paix a lieu salle Pleyel du 20 au 23 avril 1949. Marie-Thérèse Eychart souligne : "La page du CNÉ des Lettres françaises de 1949 popularise systématiquement les diverses manifestations et fait jouer les arguments d’autorité en publiant dans ses colonnes les appels de nombre d’intellectuels à y participer" [3]. Aragon, en tant que secrétaire de l’U.N.I. s’engage dans l’organisation des caravanes de la paix lancées par le Mouvement de la Paix, déclinaison française du Conseil Mondial de la Paix…

Reste à voir comment les choses se mettent en place dans le Nord/Pas-de-Calais. Dans une lettre de la fin août 2005, Jacques Gaucheron, après avoir parlé des articles d’Aragon publiés dans La Tribune des Mineurs et de la publication de son poème Courrières dans le même journal, me dit : "Et j’ai fréquenté le syndicat [des mineurs], à Arras, comme organisateur des Caravanes de la Paix". Dans le n° 239 de La Tribune des Mineurs daté du 2 juillet 1949, on peut lire un article de Léon Delfosse intitulé Pourquoi nous irons à Lorette. Après avoir évoqué la guerre de 1914-1918, la guerre du Rif, la guerre d’Espagne, les luttes des mineurs, la seconde guerre mondiale, la guerre coloniale d’Indochine, la répression de la grève de 1948… Delfosse invoque Auguste Lecœur et le combat pour la paix qui passe par l’union : "Lecœur parle : oui, camarades, nous débarrasser de notre sectarisme, travailler à l’union sont nos tâches essentielles. […] Le problème essentiel, c’est la défense de la Paix. Lecœur avait raison…" Le titre même de l’article de Léon Delfosse semble indiquer que l’attitude de la Fédération régionale CGT des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais est une réponse à une demande…

Que représente Auguste Lecœur en 1949 ? Lecœur non seulement est né dans une famille de mineurs, mais appartient à une lignée de mineurs, même s’il ne travailla à la mine que brièvement. Il combat dans les Brigades Internationales en Espagne de février à octobre 1937 et il sera l’un des 61 survivants de son bataillon qui comptait 380 combattants. En septembre 1939, il est secrétaire de la Fédération communiste du Pas-de-Calais. Lors de la mobilisation, il est arrêté, emprisonné et il s’évade. Il reprend ses activités politiques et sera l’un des animateurs de la grande grève des mineurs de mai-juin 1941. À partir de la mi-42, il a des responsabilités nationales dans l’appareil clandestin du Parti communiste et c’est le début de son ascension politique. Il sera maire de Lens de 1945 à 1947, député du Pas-de-Calais dans l’Assemblée constituante et sous-secrétaire d’État à la production charbonnière à partir de janvier 1946. Il se fait élire président de la Fédération régionale des mineurs du Nord/Pas-de-Calais. Il animera la grève des mineurs de 1948.

Voilà l’homme que va trouver Aragon en juillet 1949 alors que lui-même est poursuivi pour "propagation de fausses nouvelles" (il ne sera condamné que le 14 septembre 1949 à la privation de ses droits civiques et à la radiation des listes électorales pour délit de presse).

On peut donc poser l’hypothèse suivante : c’est l’U.N.I. par l’intermédiaire de son échelon régional (André Stil en l’occurrence) qui a contacté la Fédération régionale CGT des mineurs du Nord/Pas-de-Calais. D’où cette négociation entre Jacques Gaucheron et le "syndicat". Mais quels sont les termes de la demande ? Faute de pouvoir accéder directement aux archives du syndicat, on ne peut répondre à cette question, on ne peut qu’échafauder cette hypothèse, vraisemblable. En effet ces archives sont inexploitables pour l’instant : elles ne sont toujours pas classées ni numérisées… Elles ont souffert au fil des années de mauvaises conditions de conservation et elles ont été victimes des aléas de la vie quotidienne (cartons jetés à la décharge lors de travaux de rénovation de l’édifice) mais aussi de l’histoire syndicale (ainsi en 1998, de graves dissensions au sein du syndicat furent à l’origine de la disparition de certains documents dont on ignore la localisation actuelle). Par ailleurs, le bâtiment qui les abrite a été donné pour l’euro symbolique en décembre 2004 à la Communauté d’agglomération de Lens-Liévin et demeure, à l’heure où ces lignes sont écrites, en attente de travaux de réhabilitation…

Le contexte de l’époque

Au milieu des années 40 (vraisemblablement en 1943 pour la première campagne de rédaction puisqu’une note est datée de l’été 1945) Aragon écrivit un texte qui resta longtemps inédit, Pour expliquer ce que j’étais [4]. On y trouve ce passage éclairant "Si nous n’avions pas d’idéologie cohérente, il n’y avait personne en France pour nous en proposer une. Ce n’était pas le bergsonisme qui pouvait nous satisfaire. Nous parlions sans le savoir le langage de l’ennemi. La première fois que quelqu’un me le dit avec netteté, c’était un communiste " [5]. Aragon parle là des années 1925-27, et plus précisément de son adhésion au parti communiste en janvier 1927. C’est le début d’une séquence historique qui permet de comprendre ce qu’est Aragon en juillet 1949. Il n’est pas question de passer en revue et dans le détail cette vingtaine d’années mais de mettre en lumière quelques faits majeurs appartenant aux quelques années qui ont précédé cette journée de Lorette. Aragon s’est battu avec courage en mai-juin 1940, il s’est conduit tout aussi courageusement, au péril de sa vie, après l’armistice signé par Pétain. Il est de ceux qui ont œuvré sans compter pour unifier la Résistance, il est de ceux qui ont cru à la Libération qu’une nouvelle ère s’ouvrait où le Programme du Conseil National de la Résistance (C.N.R.) allait transformer la société : rappelons que la majorité des propositions du C.N.R. fut appliquée entre la Libération et le début de 1946 : il est vrai que ce programme avait été adopté par tout l’éventail politique représenté dans la Résistance.

Mais en 1946, les éléments constitutifs de la Guerre froide se mettent en place et la Grèce est le premier pays d’Europe à en souffrir avec l’intervention nord-américaine visant à écraser la Résistance communiste dont n’était pas venue à bout l’intervention britannique de 1944. Le 4 mai 1947, les ministres communistes sont exclus du gouvernement par le Président du conseil, le socialiste Ramadier. Dès la fin avril, des grèves éclatent pour l’augmentation des salaires mais ceux-ci restent bloqués. Les grèves continuent et le gouvernement socialiste envisage de limiter le droit de grève. De Gaulle qui a créé le RPF attend son heure et se fait le champion de la Guerre froide ; c’en est fini de l’unité de la Résistance, des partis politiques qui avaient adopté le programme du C.N.R. Le coup est rude pour Aragon qui voit dans les événements qui se succèdent depuis 1945 une répétition de l’histoire d’avant-guerre.

L’année 1948 est cruciale : des grèves éclatent en octobre "contre la politique de misère et les décrets Lacoste" qui portaient atteinte au statut du mineur et abrogeaient de fait le salaire garanti. Le gouvernement Queuille décide d’occuper les cokeries et de réquisitionner les personnels dépendant des Houillères. Le 9 octobre 1948, le Président du conseil estime que ces grèves ont un caractère insurrectionnel et le 10, Jules Moch, ministre socialiste de l’Intérieur, déclare que ces grèves ont été déclenchées par le Kominform afin de saboter le plan Marshall. Il met en place une répression très dure : 30 000 hommes de la classe 47 sont rappelés et les CRS sont autorisés à tirer sur les grévistes et les manifestants après sommations. Jules Moch engage des poursuites judiciaires contre Aragon (alors directeur de Ce Soir) au prétexte que ce journal avait décrit la répression à Montceau-les-Mines en ces termes : "… les RPF en armes patrouillent aux côtés de Sénégalais". Las, il s’agissait de Marocains et non de Sénégalais : Aragon est donc inculpé de "propagations de fausses nouvelles". Cette répression le scandalisa à tel point qu’il écrivit deux poèmes : l’un en novembre 1948, intitulé L’Eclatante victoire des CRS, fut repris en 1954 dans Mes Caravanes et Autres poèmes, l’autre daté "Ivry, 15 novembre 1948" ne fut pas repris dans ce recueil et il faudra attendre 1989-1990 pour qu’il réapparaisse dans la seconde édition de L’Œuvre poétique au Livre-Club Diderot…

À l’extérieur, les guerres coloniales débutent : dès la fin de 1946 en Indochine française et en 1947 à Madagascar. L’insurrection malgache donne lieu à une terrible répression menée par l’armée française dont la population fit les frais ; le nombre des victimes est toujours sujet à caution : de 10 000 à 100 ou 200 0000 selon les sources… Par ailleurs, la Guerre froide se caractérise par une course aux armements nucléaires et l’équilibre de la terreur alors que l’OTAN est officiellement créée le 4 avril 1949. La destruction d’une partie de la planète par la bombe atomique n’est plus exclue. Qu’on se souvienne du roman d’Elsa Triolet, Le Cheval roux, qui (bien que publié en 1953) décrit parfaitement la menace atomique de l’époque…

C’est dans ce contexte que se déroule en avril 1949, salle Pleyel à Paris, le Congrès mondial des partisans de la paix (dont Aragon assure la vice-présidence). Y est décidée l’organisation des caravanes de la paix pour répondre à la crainte d’une guerre nucléaire… Dès le début juin, Aragon va se trouver sur le terrain pour défendre la paix. Dans ces conditions, tout était réuni pour que Lecœur et Aragon se rencontrent… D’autant plus, pour remonter un peu plus loin dans le temps, qu’Aragon devait se sentir solidaire de Lecœur qui avait combattu auprès des Républicains espagnols en 1937 alors que lui-même et Elsa étaient partis début octobre 1936, en compagnie des écrivains allemands Gustav Regler et Alfred Kantorowicz, apporter à ces Républicains espagnols les dons de l’Association Internationale des Écrivains. Il ne reviendra que début novembre de la même année… Par ailleurs, ainsi que le rappellent diverses chronologies (n° d’Europe Aragon poète -745, Mai 1991-, Pléiade, Aragon Œuvres romanesques - tome II, page XLII, 2000-, Pléiade Aragon Œuvres poétiques, tome I, page LXXXVIII, 2007-), les 1er et 2 février 1939, Aragon est au Perthus à la frontière espagnole, avec Elsa, pour accueillir les réfugiés républicains espagnols pourchassés par les fascistes de Franco. Elsa Triolet publiera un article J’ai perdu mon cœur au Boulou, dans Regards du 9 février 1939 [6] ; Aragon, quant à lui, reviendra sur l’événement, dès la première page des Communistes par la description du flux de réfugiés et l’accueil brutal des forces de l’ordre françaises ; et un peu plus loin, par le portrait d’un Brigadiste… Olivier Barbarant précise même : "Le couple songe à adopter un enfant espagnol, mais le projet échoue : « on refuse les enfants aux Parisiens », écrit Elsa à Lili Brik le 13 février 1939"…

Le pays des mines : une ligne ouvriériste

Une photographie de Willy Ronis montre Aragon entouré de Léon Delfosse et d’Auguste Lecœur arrivant sur le plateau de Lorette le 3 juillet 1949 [7]. Si cette rencontre est a priori placée sous les meilleurs auspices, si ses lendemains immédiats sont positifs (en septembre 1939, La Tribune des Mineurs publie Le Pays des mines d’Aragon dont la préface d’Auguste Lecœur se termine presque par ces mots : "En chantant la Marseillaise et l’Internationale, les mineurs avaient déjà compris l’immense portée révolutionnaire de l’art musical, ses immenses possibilités. Aragon aura le mérite de faire la même démonstration pour ce qui est de la littérature." [8] et Aragon collaborera à l’hebdomadaire du syndicat des mineurs par 18 articles de critique littéraire parus du 28 janvier 1950 au 29 juillet 1950 [9]), les choses vont ensuite peu à peu se gâter...

Après avoir rencontré le 17 juin 1949, les lecteurs du premier fascicule des Communistes (qui est paru le 5 mai précédent) à La Grange-aux-Belles, Aragon mesure "la difficulté [pour lui] d’être considéré comme porte-voix [de la classe ouvrière]" [10]. En même temps, Auguste Lecœur écrivait dans France Nouvelle : "Il paraît qu’il est très difficile d’écrire un livre comme celui d’Aragon. Je ne le pense pas." Il est vrai qu’à l’époque, la ligne culturelle du Parti communiste consistait à valoriser les ouvriers, à en donner une image positive (des mineurs comme des dockers, par exemple), c’est l’un des débats qui traverse le parti à l’époque, et sans doute par calcul tactique devant l’urgence de la situation Aragon qui, depuis quelques années, est en butte aux attaques ouvriéristes comme la polémique d’Action en 1946 contre lui-même et Elsa Triolet, comme le reproche fait en 1948 dans la presse communiste à l’égard des poèmes du Nouveau Crève-Cœur de manquer d’optimisme politique, décide-t-il de composer temporairement avec Lecœur, même si "le débat qui eut lieu […] durant cette soirée de juin 1949, avec des lecteurs militants, marqua douloureusement et durablement Aragon." [11] André Parreaux affirmait dans La Pensée de juillet-août 1949 : "… la pensée des mineurs est en train de produire trois choses à la fois. Premièrement du charbon. Deuxièmement une société nouvelle. Troisièmement un mode de pensée nouveau".

Mais le 25 avril 1950, toujours à La Grange-aux-Belles, lors de la séance d’ouverture de la Bataille du livre, Aragon remet les choses à leur juste place : "La pure et simple soumission à la critique de masse ne relèverait pas du tout d’une humilité bien naturelle, mais simplement de la méconnaissance du rôle du métier pour l’écrivain" et "… si dans la salle, on donne la parole à un spectateur, il ne suffit pas que ce soit un ouvrier pour qu’il ait raison" [12]. Et Aragon se moque des stéréotypes employés par Lecœur (armes pour notre combat, l’écrivain à son créneau…). Il n’est dès lors pas étonnant qu’Aragon cesse de collaborer au journal du syndicat des mineurs à la mi-50…

Le débat fait rage durant le second semestre 1950 et pendant l’année suivante puisqu’en février 1951, dans Les Cahiers du communisme, est reproduit un texte d’Auguste Lecœur dans lequel on peut lire ces mots : "Ce n’est ni par démagogie ni par ouvriérisme qu’Aragon est venu vous soumettre son œuvre dans cette même salle, c’est pour tenir compte de votre opinion" [13]. Mais en novembre 1950, Maurice Thorez, frappé d’hémiplégie part se soigner en URSS, où il restera jusqu’en 1953. Auguste Lecœur accède alors au Secrétariat général du parti pour assister Jacques Duclos qui remplace Thorez… Le débat prend alors une tournure différente qui atteint son paroxysme lors de l’affaire du portrait de Staline en mars 1953 : les tenants de la ligne du "pays des mines" tentent d’en finir avec Aragon et avec la ligne "thorézienne" [14]. Dès lors, ce sont des enjeux de pouvoir à la tête du parti communiste qui priment. Mais c’est une autre histoire qui ne sera pas abordée ici car les dates et les propos évoqués qui se situent avant la disparition de Staline, prouvent l’inanité de ce qui est reproché à Aragon lors de son "rapprochement" avec Auguste Lecœur. Il suffirait aussi de relire les textes écrits par Aragon de 1949 à 1953 (publiés dans Les Lettres françaises ou dans Europe) pour se rendre compte que la ligne culturelle défendue par Aragon ne correspond en rien à la caricature qui en est complaisamment donnée par certains…

Un mot, un dernier, pour éclairer rétrospectivement la ligne ouvriériste du pays des mines. Aragon, en juin 1954, prononça un discours au Congrès du Parti communiste qui se tenait à Ivry. J’en extrais ces mots : "L’ouvriérisme, allié à l’opportunisme et à l’esprit d’aventure a fait alors gravement sentir ses effets dans les questions de la création artistique dans nos rangs." Après avoir énuméré quelques caractéristiques de cette ligne, "La prétendue doctrine de la spontanéité des masses, l’exaltation du sens de masse transformé en un instinct incontrôlé, quasi animal, en une sorte de flair ouvrier avec son complément démagogique, le culte artificiel de la critique de masse ou de ce qui se donne pour tel…", Aragon ajoute : "Dans une intervention au Comité central, André Stil a montré comment Lecœur cherchait à le pousser au populisme, comment il avait tenté de le démoraliser comme romancier, en prétendant que c’est à tort que dans Paris avec nous [publié en 1953 ] notre camarade avait décrit les hésitations des dockers devant un mouvement de grève, parce que le prolétariat, disait-il, n’hésite jamais, que ces choses-là, c’est bon pour vous autres intellectuels…" [15]. On retrouve dans ces lignes les arguments avancés en avril 1950…. Ici, comme ailleurs, il suffit de lire Aragon !

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Ce rapide survol historique ne doit pas dispenser le lecteur de l’étude des ouvrages présentés en notes ci-dessous comme il ne doit pas être considéré comme une approche originale. Il ne fait que rassembler dans une synthèse des éléments épars et publiés ici ou là, dans des livres parfois difficilement accessibles. Il est donc lacunaire et va au plus urgent qui est de rétablir la vérité (tant que faire se peut) dans un domaine où les préjugés hostiles à Aragon se développent à l’envi… L’auteur demande donc l’indulgence des lecteurs qu’il invite à poursuivre le travail qu’il a entrepris…

Une version courte de cet article a été publiée dans le n° 56 (décembre 2013) de Faites Entrer L’Infini, revue semestrielle de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet (SALAET).

Notes :

[1] Note sur Cantique aux morts de couleur, p 1602.

[2] Aragon, L’Homme communiste, tome 1. Gallimard, Paris, 1946, pp 42-50.

[3] Marie-Thérèse Eychart, Notice aux Caravanes de la Paix, in Œuvres Poétiques Complètes d’Aragon, tome I, Bibliothèque de la Pléiade, 2007, p 1593.

[4] Aragon, Pour expliquer ce que j’étais. Éditions Gallimard, 1989.

[5] Op cité, pp 66-67.

[6] Elsa Triolet, 10 jours en Espagne, SALAET éditeur, 2005, pp 95-103.

[7] Willy Ronis, À nous la vie ! 1936-1958. Hoëbeke éditeur, Paris, 1996, p 72.

[8] Jacques Gaucheron, dans son exemplaire de cette plaquette qu’il m’a offert en septembre 2005, souligne au crayon de bois les mots "Aragon aura le mérite"…, comme pour mettre en question l’affirmation…

[9] Lucien Wasselin & Marie Léger, Aragon au pays des mines. Le Temps des Cerises éditeurs, 2007.

[10] Olivier Barbarant, in Aragon Œuvres poétiques complètes, Bibliothèque de la Pléiade, tome I, Paris, 2007, chronologie, p CXII.

[11] Valère Staraselski, Aragon, la liaison délibérée. L’Harmattan, Paris, 1995 ; p 218.

[12] Valère Staraselski et Olivier Barbarant, Op cités ; respectivement p 219 et p CXIII.

[13] Les Cahiers du communisme, février 1951, p 207.

[14] Le lecteur intéressé pourra se reporter au tome XII de L’Œuvre Poétique (Livre-Club Diderot, Paris, 1980) pp 472-500 et au tome I des Œuvres poétiques complètes de la Bibliothèque de la Pléiade, pp CXVIII-CXIX.

[15] Aragon, J’abats mon jeu. Les Lettres françaises/Mercure de France, Paris, 1992 ; pp 209-210.


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