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André Tosel, ou l’action avec Marx, Spinoza et Gramsci
Pierre Barbancey et Pierre Chaillan présentent André Tosel

Le philosophe marxiste, ancien professeur de l’université de Nice, ancien directeur du Centre d’histoire de pensée moderne de Paris-I, est décédé à l’âge de 75 ans. Né le 15 juin 1941 à Nice (Alpes-Maritimes), André Tosel reçoit une éducation catholique. Après deux années en classe préparatoire au lycée Masséna à Nice et une année en khâgne au lycée Louis-le-Grand à Paris, il est admis au concours de l’École normale supérieure (ENS) de la rue d’Ulm, en 1961. Engagé depuis son entrée à l’Union nationale des étudiants de France (Unef), où la jeunesse étudiante chrétienne (JEC) joue un rôle important, il participe aux luttes pour la paix en Algérie. Inscrit pour préparer une licence de philosophie et un diplôme d’études supérieures sur Spinoza, il suit l’enseignement de Louis Althusser.

Influencé par ce dernier, il se rapproche des maoïstes. Comme l’indique l’historien Jacques Girault dans sa notice du Maitron : « Il conserve de ces années l’objectif essentiel de vouloir trouver par la recherche théorique les conditions d’élaboration d’une stratégie politique. » Reçu à l’agrégation en 1965, il est nommé au lycée de jeunes filles de Nice en 1966. Le professeur de philosophie, maintenant éloigné des milieux catholiques, adhère au Syndicat national des enseignements de second degré, dans lequel il est proche de la tendance « école émancipée ». Militant d’un groupe « pro-Chinois », il participe aux actions du Comité Vietnam. À partir de 1967, recruté à la faculté des lettres de Nice, il vit le mouvement de Mai 68 dans l’enseignement supérieur. Les errances de la Chine le font douter. Il découvre la pensée d’Antonio Gramsci au début des années 1970. Assistant, puis maître de conférences au département de philosophie de l’université de Nice, militant du Snesup (1967-2003), secrétaire de la section syndicale de Nice-Lettres de 1970 à 1980, il est élu au Comité national des universités de 1971 à 1975. De 1981 à 1988, il devient le vice-président de l’université. Ces années voient sa participation au tome 3 de la Pléiade sur l’histoire de la philosophie (1974), son approfondissement des analyses de Gramsci (ouvrage éponyme aux Éditions sociales) puis, plus tard, de nombreux articles écrits dans le Dictionnaire critique du marxisme (sous la direction de Georges Labica, PUF, 1982). Dans les milieux de la recherche marxiste, il joue un rôle actif dans les réflexions théoriques et collabore au Centre d’études et de recherches marxistes. Refusant les approches de la « gauche non communiste », André Tosel adhère au Parti communiste fin 1973. Pendant cette période, son activité de chercheur connaît un nouvel élan. Spécialiste de Gramsci et du marxisme, André Tosel s’impose aussi par une lecture de Spinoza et de Kant. Il favorise dans son approche les contacts avec l’Italie et les spécialistes, comme lui, de la philosophie politique et de la rationalité moderne.  

La philosophie, avant tout une façon de vivre

  Contrairement à certaines personnalités, l’homme Tosel ne se cache pas derrière le philosophe. Il est un ! La philosophie n’est pas seulement une passion ou une manière de réfléchir les choses et les autres. C’est avant tout une façon de vivre. Parce qu’il est marxiste, serait-on tenté d’écrire. Parce qu’il est gramscien, pourrait-on rappeler. Après tout, la « philosophie de la praxis » du communiste sarde n’a-t-elle pas attiré un André Tosel toujours dans l’interrogation historique, prise au sens du groupe social mais également dans son acception individuelle ? Militant communiste dans les années 1970, membre de la direction du PCF dans les Alpes-Maritimes, son honnêteté intellectuelle, ses interrogations, toujours et encore, l’amènent à s’éloigner de son parti dans les années 1980. A-t-il, pour autant, cessé d’être communiste ? Non ! Toujours engagé – il a été vice-président de l’université de Nice –, il n’a eu de cesse de défendre l’enseignement supérieur contre les attaques gouvernementales, n’oubliant jamais les droits des étudiants et ceux des personnels ouvriers, techniques et de service – les Atos, comme on les appelait alors –, tout en continuant ses travaux philosophiques. En somme, un intellectuel en phase avec ses idées, en toute conscience. « Il est vrai que, du fond de ma province inculte, je n’ai pas eu accès en ces années de formation (1951-1961) au meilleur de la philosophie de l’époque – Nice, avec sa direction politique localiste et affairiste, avec son tout-tourisme, avec son indifférence à la culture, avec son irréductible vocation historique de droite et d’extrême droite, ne brillait ni par le souci de l’esprit, ni par l’accueil des humains les plus pauvres ; et sa lumière en la matière est toujours un lumignon. » Voilà ce qu’il disait à Gianfranco Rebucini (à retrouver sur revueperiode.net).

En 2012, de retour à Nice après une fin de carrière passée à l’université de Franche-Comté, à Besançon, il retrouve le PCF via le Front de gauche. Dans cette ville qui l’a vu naître, il multiplie les conférences et les débats, collabore au Patriote Côte d’Azur. Il venait d’être élu président de l’association les Amis de la Liberté, dont les activités et la pluralité des sujets traités ne pouvaient que l’enthousiasmer. Dans les deux dernières décennies, toujours en alerte sur le monde qui nous entoure, il publie de nombreux ouvrages et analyses sur la mondialisation, collabore à Actuel Marx, la Pensée et l’Humanité et poursuit ses travaux sur Gramsci (éditions Kimé). Hier matin, fatigué, il s’est assis sur un banc, dans son jardin. Et il s’en est allé avec la discrétion qui l’a toujours caractérisé. La marque des hommes intègres.

Article paru dans l’Humanité

De nombreux textes d’André Tosel sont accessibles sur notre site.


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