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"Le jour où de Gaulle est parti. 27 avril 1969" de Guy Konopnicki.
La critique de Christian Langeois

La dédicace de Guy Konopnicki, Konop, « à mon père, le commandant FTP Edouard Voisin combattant communiste de la France Libre » n’est pas un simple témoignage d’amour filial [1]. Pour Konop, « en sortant du gaullisme, nous sommes entrés dans l’ère médiatique et les bateleurs ont remplacé les hommes politiques. Le temps n’était plus à ces hommes qui avaient tutoyé l’histoire en traversant un siècle de guerres et de révolutions ».

Guy Konopnicki, en nous focalisant sur « le jour où de Gaulle est parti », nous rend intelligible 1969, une année pas si lointaine, qui paraît aujourd’hui charnière dans ce court XXe siècle, alors bien entamé, sans encore être clos par l’effondrement de l’URSS.

De ses souvenirs, de la presse de l’époque, il sort, parfois avec nostalgie, toujours lucide, une galerie de portraits d’hommes politiques, pour la plupart oubliés. De ces hommes de la génération de la résistance, ou de leurs héritiers, parfois abusifs, pardonnez ma préférence, c’est celle de Waldeck Rochet qui émerge.

Une véritable biographie de Waldeck Rochet vient compléter celle, essentielle de Jean Vigreux [2]. Waldeck Rochet s’applique depuis 1964 à conduire la déstalinisation du PCF, en vieux communiste c’est à dire sans heurts internes, sans diviser le communisme international, pensant que la raison finirait l’emporter à Moscou. C’est l’inverse qui se produit avec l’invasion de la Tchécoslovaquie par les soviétiques en 1968, année de la levée des peuples.

La fin du gaullisme s’annonce lors de la grande manifestation du 30 mai où la foule acclame le vieux chef du parti de l’ordre, quand cet homme de courage en est réduit à s’appuyer sur le parti de la peur.

En mars 68, les jeunes étudiants polonais en criant « vive de Gaulle » crient « vive l’indépendance des peuples » alors que les communistes français dénoncent le mépris du chef de l’état pour les revendications ouvrières.

Décidemment, de Gaulle a mis du sien dans le fossé qui s’est creusé avec les communistes.

Pourtant, à la Libération, la politique de nationalisation et d’encadrement de l’économie au demeurant beaucoup plus audacieuse que celle du Front Populaire a parfaitement convenu aux communistes. Comme Aragon évoque Malraux à Pierre Juquin : « N’oublie pas mon petit, qu’à une époque nous fûmes sur les mêmes estrades » [3]. Le même Malraux pour qui « entre les communistes et nous, il n’y a rien ».

Guy Konopnicki a une autre formule : « Qui n’a pas lu Malraux ne comprend rien au gaullisme, ni lu Aragon ne sait rien du communisme français ».

En 1969, tout se bouscule dans l’esprit de Waldeck Rochet. Formé à l’école des révolutionnaires du Komintern, il a été aussi un combattant de la France libre. Cette fois il vit à la fois une véritable tension avec Moscou et le départ de plus en plus certain du général de Gaulle. Deux événements qui le laissent seul. L’émotion le submerge, lui qui a éprouvé envers de Gaulle, cette « tendresse secrète » des communistes français, évoquée par Jean-Richard Bloch à Staline, en 1943.

« Le « NON à de Gaulle », écrit Guy Konopnicki, semblait être le prolongement naturel du slogan de mai 68 « 10 ans ça suffit ». Seulement, à mesure de la campagne (du référendum), nous sentions monter un autre antigaullisme, celui de la « vieille droite ripolinée ». Les revanchards de l’Algérie française, les nostalgiques de Vichy saisissaient l’occasion d’en finir, ils étaient rejoint par la « droite moderne », libérale et atlantiste. »

De Gaulle lui-même n’a-t-il pas donnée le signal avec son feu vert à l’entrée de Paul Morand à l’Académie Française ? Celui-là même qui a usé de toutes les manœuvres et de toutes les manigances contre la France libre, pour exprimer sa haine du gaullisme et de la Résistance, associé à un antisémitisme maladif. L’admission de Paul Morand sous la coupole signe, autant que le référendum, la fin du gaullisme …

Le résultat du référendum, du coup, est imparable. De Gaulle s’en va, provoquant des élections présidentielles.

Les mêmes sociaux démocrates qui jouaient aux révolutionnaires au stade Charléty en 68, se prêtent à toutes les alliances sans principes en ralliant la candidature de Poher.

De leur côté, pris au dépourvu, les communistes choisissent une figure historique Jacques Duclos.

Duclos ne craint pas la grandiloquence. Il lance, à chaque grande occasion, accueilli debout par des applaudissements émus « Vive le communisme, avenir et jeunesse du monde ! ». Il a vite fait de rassembler les communistes et faire oublier leurs réticences à ceux qui auraient préféré un candidat exprimant davantage l’avenir. Le plus stalinien des communistes présente à la télévision un visage humain. Homme du peuple, connaissant la dureté de la vie, ardent patriote, combattant des deux guerres, il appelle les électeurs à hâter l’heure des changements, à voter communiste pour rassembler les forces populaires. Guy Konopnicki, aux premières loges de cette campagne époustouflante assiste à l’exploit : un dirigeant communiste s’adressant à la jeunesse et aux étudiants dans le stade de Saint-Ouen bondé. La revanche, un an après 1968. La revanche après Charléty.

Jovial, légitimement fier de sa performance, 21,28 %, Jacques Duclos lance une formule qui marquera l’histoire politique français « Poher et Pompidou, c’est blanc bonnet et bonnet blanc ». Finalement, moindre mal, ne lui restera-t-il pas quelque héritage de de Gaulle, Pompidou devient le président de la République.

« Etrange coïncidence, la fin du gaullisme fut la dernière bataille de Waldeck Rochet, qui avait été, entre autres choses, le porte parole du Parti communiste français auprès du général de Gaulle, disposant d’un temps de parole sur Radio Londres... A cette époque, ni Georges Pompidou ni Georges Marchais ne s’étaient engagés dans le combat pour la libération de la France. Ils étaient pourtant, l’un et l’autre en âge de combattre. La fin du gaullisme était aussi la fin d’une conception de la légitimité politique. »

« Les barons du gaullisme peuvent toujours grogner, leur époque s’achève comme celle des communistes de légende. L’époque politique n’est plus aux hommes auréolés de la gloire des combats. Le personnel politique des partis au gouvernement sort désormais des grandes écoles. Ironie de l’histoire la caste qui revendique le pouvoir, à droite comme au Parti Socialiste, a été formé par une école née de l’alliance des communistes et des gaullistes. Conçue par Michel Debré, l’ENA a été portée sur les fonds baptismaux par Maurice Thorez alors ministre d’Etat chargé de la fonction publique. »

Secrète ou non, c’est de cette tendresse entre les communistes, de Gaulle et Guy Konopnicki, pas toujours partagée, à contre-temps, qu’il s’agit dans cet ouvrage. Pas seulement au rythme de la chanson de Serge Gainsbourg, « 69, année érotique », Konop nous plonge dans la réflexion, souvent, trop souvent, pour nous dire, « est-ce que ça n’aurait pas pu tourner autrement ? ».

Le jour où de Gaulle est parti. 27 avril 1969 de Guy Konopnicki. Au vif de l’histoire. Editions Nicolas Eybaliti

Notes :

[1] Lire Camarade Voisin par Raphaël Konopnicki Jean-Claude Gawsewitch Editeur 2008

[2] Editions La Dispute, 2000

[3] Hors série Le Monde Louis Aragon Le fou des mots 2012


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