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Allons enfants !
Pedro Da Nobrega

Le déferlement médiatique qui a suivi ce qui n’est après tout qu’une défaite sportive soulève beaucoup de questions qui vont bien au-delà des simples enjeux d’une compétition fut-elle mondiale. Tout d’abord cet emballement des média peut sembler suspect à plus d’un titre à un moment où se posent d’autres questions bien plus essentielles pour l’avenir de la France et de son peuple comme la casse du système des retraites et le démantèlement des collectivités territoriales. Tout ce battage sur les dernières mésaventures de l’équipe de France a bien sûr pour beaucoup l’avantage d’occulter ces enjeux et les luttes qu’ils suscitent.

Ensuite il est plutôt surprenant de voir nombre de ceux qui gravitent dans le milieu du football professionnel, journalistes, anciens joueurs devenus consultants, dirigeants ou responsables politiques toujours en quête de projection médiatique sembler soudainement découvrir à quel point les torrents d’argent que charrie le foot professionnel peuvent générer des comportements détestables bien peu en rapport avec les valeurs que le sport est censé cultiver. Et carrément indécent de voir des ministres d’un gouvernement aux prises avec des scandales à répétition, entre cigares de luxe, « soupente » dans les beaux quartiers et permis de construire, venir faire la leçon sur le côté bling bling des joueurs.

Autant de « candeur » pourrait être touchante si elle n’était manifestement aussi peu crédible.

Mais au-delà de ces péripéties qui peuvent paraître bien dérisoires pour beaucoup, à commencer par ceux que le football indiffère et qu’exaspère son omniprésence dans tous les supports médias, le football n’en reste pas moins, comme toute production sociale, riche d’enseignements, à fortiori quand elle atteint un tel niveau de popularité.

Car le déchaînement de propos vindicatifs et de discours vengeurs contre une triste bande de joueurs de foot apparaît pour le moins disproportionné pour ce qui relève plus de caprices détestables d’enfants gâtés avec notamment leur pitoyable « grève » d’entraînement que d’un « affront » national. Mais l’outrance du discours tenu par exemple par un Finkielkraut rageur quand il affirme « aujourd’hui on a plutôt envie de vomir avec la génération “caillera” stigmatisant au travers de ces joueurs toute la jeunesse des « quartiers » comme la 5ème colonne de « l’Anti-France » ne manquent pas d’interpeller. Sans parler du lamentable Eric Zemmour éructant "Gourcuff a été mis à l’amende comme les premiers de la classe dans certains quartiers de banlieue…" ! On sent bien que le karcher les démange !

La violence d’une telle vindicte dépasse manifestement le domaine sportif et a des accents de revanche et même de racisme social, pour ne pas dire de racisme tout court si l’on écoute certains discours, de Finkielkraut toujours dénigrant une équipe de France « black-black-black » jusqu’à la ministre des Sports Roselyne Bachelot stigmatisant à l’Assemblée Nationale une équipe de « caïds immatures qui commandent à des gamins apeurés ».

Le parallèle avec l’équipe championne du monde en 1998 est pourtant riche d’enseignements et permet de mesurer les ravages de la politique de la droite et en particulier les fractures profondes nées de la politique de Sarkozy, déjà pyromane en chef lors des violences urbaines de 2005. Car si le succès en 1998 avait été l’occasion d’encenser une France « black-blanc-beur », instituée représentante de la réussite d’un « modèle d’intégration à la française », c’est aujourd’hui précisément pour cette image qu’elle est brûlée sur la place publique, avec à l’évidence pour quelques-uns l’occasion rêvée de régler des comptes avec cette France multiculturelle. Des résultats sportifs, même dans la plus grande compétition mondiale, ne méritent assurément pas ni l’excès d’honneur d’hier ni l’indignité d’aujourd’hui. Car ce n’est pas la réalité du football international ni ses rapports avec l’argent qui ont évolué depuis 1998 mais plutôt la société française qui s’est disloquée sous les coups de boutoir d’une politique ultra-libérale et d’un communautarisme exacerbé par un pouvoir sarkozyste qui en use et en abuse pour diviser et aliéner tous ceux qui souffrent des effets de sa politique. Avec un Président qui préfère recevoir un footballeur de retour d’Afrique du Sud plutôt que d’écouter le mouvement majeur de contestation sociale qui s’exprime dans toutes les rues du pays.

Reconstruire des solidarités intergénérationnelles et interprofessionnelles est une urgence sûrement plus primordiale que le devenir de l’équipe de France de football, même si son échec et les réactions qu’elle engendre témoignent d’un délitement social dangereux. Car ce qui préoccupe une majorité de citoyens de ce pays est assurément plus la question de l’emploi et du devenir des droits sociaux et collectifs comme la retraite que le prochain résultat de l’équipe de France de football.

24 Juin 2010


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